‹ Le Collier des heuresChapitre 4 sur 57 · ICI, LA CHAMBRE EST CLOSE · texte numérisé non relu

ICI, LA CHAMBRE EST CLOSE

Ici la chambre est close et la flamme paisible

à petits coups pressés grignote le charbon...

le silence amical s'ofî're comme une cible

aux flèches de ton rêve... Il fait doux... il fait bon!,

Ici la chambre est close et les lentes pensées, ainsi que des houris aux pentes des coussins, peuvent se reposer et dormir, caressées par d'impores senteurs et des souffles malsains;

Le bonheur, la douceur, la quiétude de vivre, comme les grands muets aux portes du sérail, en leur versant un vin dont le bouquet enivre, retroussent en riant leurs lèvres de corail.

Au delà de ce calme où nul bruit ne pénètre, c'est cependant la vie aux bonds désordonnés, le vieil hiver assis au bord de la fenêtre, le râle des mourants, le cri des nouveau-né^,

C'est la bise cinglante, et la boue, et la brume, ce sont les miséreux qui vous tendent la main, c'est dans le soir honteux la ville qui s'allume, c'est le spectre de l'heure en marche vers demain.

Crains le lâche repos où ton cceur s'habitue, éloignes-en de toi le délicieux poison, seul le mal est fécond, c'est le bonheur qui tue : ose, en le reniant, ouvrir ton horizon ;

Déverrouille la porte et laisse tes pensées descendre vers le noir, le douteux, l'ignoré, qu'elles soient, s'il le faut, ces passantes blessées au geste de folie, humble et désespéré,

Qui buttent aux trottoirs et rôdent par les rues avec un rire affreux vers le premier venu, pour lui vendre au rabais des grâces disparues dans la chambre banale et le lit inconnu ;

Qu'elles tendent la main ainsi que ces pauvresses qui grelottent aux plis d'un châle rapiécé ; tout, pour elles, vaut mieux que la vaine paresse, tout vaut mieux qu'un sommeil de bonheur encensé.

Le trésor de la vie a de dures racines et pour le voir fleurir en nos doigts caressants, il nous faut l'arracher au milieu des épines sans craindre d'y laisser un peu de notre sang !

IMAGIiNE LA VIE

Harmonise les fleurs au calice des vases,

tire lég-èrement les rideaux sur le jour,

mets dans l'ombre propice aux lang-ueurs de l'extase

le bronze chimérique où rampe un encens lourd.

Personne ne viendra, car tu n'attends personne... Pourtant la vie en toi élarg-it ses remous, impatient, ton cœur tout bas tremble et frissonne, comme au seuil clos encor d'un premier rendez-vous.

24 LE GOLLIEi\ DKS HEURES

Personne ne viendra ! . . . Si : l'invisible amie pour qui dévotement tu fis tous ces apprêts, ébauche d'un désir, face encore endormie que ton rêve ce soir attire dans ses rets.

Elle vient. Pare-la suivant ta fantaisie, fixe sa destinée. .. ordonne, tu peux tout; souple magicienne, aux minutes choisies, elle saura t'ofFrir un amour sans dégoût.

Forme qu'on imagine et qui, fuyante et belle, laisse en disparaissant le cœur inassouvi, qu'elle reste lointaine et toujours irréelle dans le but idéal vainement poursuivi...

Va, ne souhaite pas d'ivresses plus précises, ni des baisers plus frémissants de volupté, tu donnes au bonheur de plus sûres assises si tu dresses sa tente hors des réalités.

Voyageur curieux de nouvelles contrées,

il part sans s'arrêter long-temps au même endroit,

dès que sa lèvre encor cesse d'être altérée,

dès que sur l'horizon le mirage décroît.

Mais le bonheur qui reste loin de notre atteinte conserve tout son charme et toute sa candeur ; nous pouvons l'évoquer et l'adorer sans crainte, il brûle tous nos sens d'une immortelle ardeur ;

A sa tempe jamais ne se fane une rose,

au hasard de la route il n'est plus pèlerin,

et sa joie, en nos cœurs, de chaque heure déclose,

pour un rêve nouveau fait un nouvel écrin !

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