‹ Le Collier des heuresChapitre 34 sur 57 · SI JE T'AI FAIT SOUFFRIR · texte numérisé non relu

SI JE T'AI FAIT SOUFFRIR

Si je t'ai fait souffrir je t'aime davantag-e d'avoir senti ton cœur ployer contre mon cœur et d'avoir bu des pleurs sur le tendre visage où j'ai noué jadis le masque du bonheur.

Il est bon qu'un peu d'ombre enveloppe les âmes pour que naisse un amour plus fier et plus fervent, pour qu'une aube imprévue allume d'autres flammes et qu'un baiser réponde au sang-lot émouvant.

AU JARDIN d'amour iZ'J

La joie impérieuse est vide, et la meilleure

naît, g-azouille, sourit, se dérobe et s'enfuit

sans laisser à nos doigts qu'un souvenir d'une heure.

J'aime mieux les matins où persiste la nuit.

Les beaux matins casqués d'azur et de ténèbTes ont des charmes secrets pour le cœur anxieux, l'ombre mystérieuse et les fastes funèbres quand nous les pénétrons nous ég-alent aux Dieux.

La joie est le réveil monotone et stupide qui brise le reflet du divin dans notre œil ; mais la souffrance heureuse est le nouvel Alcide qui nous donne l'ardeur, et la force, et l'org-ueil

Elle enchaîne le monde au joug* de sa puis.sance, sans elle, les autels s'écroulent, désertés, mais parce qu'il souffrit et comprit la souffrance, le Christ mourant domine encor l'humanité.

l38 LE COLLIER DES HEUKES

Toi que j'ai fait soufî'rir laisse couler les larmes, j'entends toujours l'écho des sang-lots apaisés, et tout en murmurant les mots qui te désarment j'effeuille sur ta lèvre un bouquet de baisers.

Maintenant tu n'es plus, douloureuse et meurtrie, que l'âme de mon âme et la chair de ma chair, et j'écoute tout bas au rythme de ma vie battre plus ardemment ton cœur qui m'est plus cher.

Ma sœur, regardons-nous désormais, face à face. Le masque de la joie est tombé. C'est le jour. Que craindrais-tu du temps ? Le plaisir vain s'efface et la douleur divine a sacré notre amour.

AU JARDIN d'amour iSq

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