‹ Le Collier des heuresChapitre 35 sur 57 · LE MAUVAIS DESIR · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS DESIR

Je te hais d'être toujours belle, je te hais de voir que les ans ne sont pour toi pas plus pesants que sur une eau pure, un coup d'aile.

Je te hais de m'aimer encor de l'amour dont je t'ai grisée, et de n'être pas apaisée et d'être intacte dans ton corps,

lAo

Comme une divine statue debout sur un socle éclatant et que par még-arde le temps n'aurait pas encore abattue !...

Je suis un pauvre amant, vois-tu, j'ai parfois une âme mesquine, je sens frémir dans ma poitrine plus de vice que de vertu...

Et quelquefois ma rêverie dans mon esprit en désarroi, en s'écartant un peu de toi voudrait qu'une autre me sourie..

Une de ces femmes qui vont

au hasard chang-eant de la rue,

forme de plaisir apparue,

le rire aux dents, l'org^ueil au front.

AU JARDIN d'amour i4i

La suivre : ohl n'importe laquelle...

baiser ses mains, ses jeux, son cou...

Je la désire. . . et tout à coup je songe : Hélas I... elle est plus belle ! »

Et je revois tes jeux si clairs tes grands jeux couleur de noisette où le tendre amour qui me guette parfois allume des éclairs ;

J'hésite et je pense à ta lèvr^ ' ce fil d'amour, d'aube empourpré, à ton corps près du mien cambré sous la caresse qui l'enfièvre,

Et je déteste ta beauté

que rien n'effleure et que rien n'use,

de laisser encor sans excuse

le rêve vil qui m'a haute î

Page 1