‹ Le Collier des heuresChapitre 36 sur 57 · LA BOURRASQUE · texte numérisé non relu

LA BOURRASQUE

Le vent bourru bouscule au ciel de lourds nuag-es ; ils portent dans leurs flancs rebondis les orages qui vont bientôt crever sur les horizons noirs et l'aurore douteuse est morne comme un soir. Les arbres tourmentés échevèlent leurs branches vers les grises cités ou vers les cimes blanches que réunit un souffle et qu'un souffle défait. Hier c'était l'été, monotone et parfait, l'été chaud dans l'azur inondé de lumière. Les cigales crissaient dans les branches : sur l'aire, les meules se dressaient comme des chapes d'or,

AU JARDIN D AMOUIX

et tout flambait. La roule au lointain du décor de son long- fil d'arg-ent coupait la plaine verte; elle était là, poudreuse et paisible et déserte, assiégeant l'horizon d'un inutile espoir. Mais aujourd'hui, là-bas, blême sous le ciel noir, ceignant plus largement la colline oppressée, la route despotique impose à la pensée ses bras que désunit l'angle des carrefours... C'est là que des adieux s'échang-ent pour toujours, là que chacun s'en va sans retourner la tête ; et je songe qu'un jour une obscure tempête peut amener nos pas sur le bord de chemins où nous voudrons tous deux désunir nos destins. Si le bonheur, trop lourd à nos âmes rebelles, fait que la solitude et l'ombre soient plus belles, pourrez-vous fuir alors, dites, ô mon amour, vers le sentier qui ne permet aucun retour, ou, dans le souvenir de notre ancienne joie, saurez-vous vous blottir, douce et facile proie, pour attendre qu'au ciel le nuag-e emporté dévoile de nouveau les splendeurs de l'été ?

,, LE COLLIB» DES BEUMS

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