ON S'AIME
On s'aime... on est de par le monde deuxamants;
on veut ne plus former qu'un être, et c'est charmant
d'avoir tout échangé, le regard, le sounre,
le ..este, le silence et l'espoir qu'on respire,
et son âme sans doute aussi, puisqu'on le croit,
pour voir naître, de l'ombre où le réel décroît,
la face de l'Amour aux paupières aiguës!...
Dans le frêle coffret des heures exiguës
on a su réunir l'infini d'un destin,
et ioveux prisonnier du rêve qu'on atteint,
parce qu'on a senti sous la chaude caresse
AU JARDIN d'aMOUK 1^5
fondre ardeminent sa chair dans la chair qu'elle presse,
elles baisers enfuis renaître plus fervents,
on s'imagine alors, comme au matin le vent
descendant au hasard vers les forêts mouillées
vient balancer les fleurs par Taurore éveillées
et de tous leurs parfums ne fait qu'une senteur,
que de deux cœurs l'amour a pu faire un seul cœur!...
... Mais cependant un jour, pour rien, pour peu de chose,
on bute sur le seuil d'une porte déclose
qui s'ofifre, et qui soudain découvre sous vos pas
un abîme effrayant qu'on ne soupçonnait pas I...
Les mots prennent un sens âpre, dur et bizarre,
on croit sentir, on sent qu'un meurtre se prépare
et que deux combattants prompts à croiser le fer
se dressent tout à coup au fond du morne enfer
que chacun de nous porte en un coin de son âme...
Est-ce l'amour qui va mourir?... La frêle trame
que l'on avait tissée entre le rêve et soi
se brise, et le mirage à la fin vous déçoit...
Et puis... un clair silence éteint l'heure mauvaise...
Un geste implore. . .Un geste accueille. . . Tout s'apaise. . .
On échange un sourire et tous deux on reprend
le masque que l'amour donne aux cœurs différents
et le tendre mirage au miroir des prunelles
laisse l'espoir joyeux battre à nouveau des ailes; et, de nouveau fervents, et de nouveau grisés, tous deux on communie au vin pur des baisers avec l'affreux orgueil et la sûre détresse de savoir à présent que, malgré la caresse, malgré tout ce qu'on croit, malgré tout ce qu'on dit, quand l'ardeur du désir crispe nos bras hardis sur la forme mystérieuse de nos rêves, malgré l'élan, malgré la foi qui nous soulève, comme on sera plus tard aux plis de vson linceul, on est seul ici-bas, effroyablement seul !...