‹ Le Collier des heuresChapitre 37 sur 57 · ON S'AIME · texte numérisé non relu

ON S'AIME

On s'aime... on est de par le monde deuxamants;

on veut ne plus former qu'un être, et c'est charmant

d'avoir tout échangé, le regard, le sounre,

le ..este, le silence et l'espoir qu'on respire,

et son âme sans doute aussi, puisqu'on le croit,

pour voir naître, de l'ombre où le réel décroît,

la face de l'Amour aux paupières aiguës!...

Dans le frêle coffret des heures exiguës

on a su réunir l'infini d'un destin,

et ioveux prisonnier du rêve qu'on atteint,

parce qu'on a senti sous la chaude caresse

AU JARDIN d'aMOUK 1^5

fondre ardeminent sa chair dans la chair qu'elle presse,

elles baisers enfuis renaître plus fervents,

on s'imagine alors, comme au matin le vent

descendant au hasard vers les forêts mouillées

vient balancer les fleurs par Taurore éveillées

et de tous leurs parfums ne fait qu'une senteur,

que de deux cœurs l'amour a pu faire un seul cœur!...

... Mais cependant un jour, pour rien, pour peu de chose,

on bute sur le seuil d'une porte déclose

qui s'ofifre, et qui soudain découvre sous vos pas

un abîme effrayant qu'on ne soupçonnait pas I...

Les mots prennent un sens âpre, dur et bizarre,

on croit sentir, on sent qu'un meurtre se prépare

et que deux combattants prompts à croiser le fer

se dressent tout à coup au fond du morne enfer

que chacun de nous porte en un coin de son âme...

Est-ce l'amour qui va mourir?... La frêle trame

que l'on avait tissée entre le rêve et soi

se brise, et le mirage à la fin vous déçoit...

Et puis... un clair silence éteint l'heure mauvaise...

Un geste implore. . .Un geste accueille. . . Tout s'apaise. . .

On échange un sourire et tous deux on reprend

le masque que l'amour donne aux cœurs différents

et le tendre mirage au miroir des prunelles

laisse l'espoir joyeux battre à nouveau des ailes; et, de nouveau fervents, et de nouveau grisés, tous deux on communie au vin pur des baisers avec l'affreux orgueil et la sûre détresse de savoir à présent que, malgré la caresse, malgré tout ce qu'on croit, malgré tout ce qu'on dit, quand l'ardeur du désir crispe nos bras hardis sur la forme mystérieuse de nos rêves, malgré l'élan, malgré la foi qui nous soulève, comme on sera plus tard aux plis de vson linceul, on est seul ici-bas, effroyablement seul !...

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