‹ Le Collier des heuresChapitre 48 sur 57 · IL EST MIDI · texte numérisé non relu

IL EST MIDI

Le soleil est debout sur les hauteurs du ciel;

l'azur se dore et s'émerveille et la brise plus lourde a des senteurs de miel.

LES AUTRES

Voici l'heure vermeille où midi rayonnant pèse sur les collines; où son souffle embrasé, comme d'une poitrine monte de la terre qui fume et brûle.

L'horizon, semble-t-il, recule

et se noie en des va^^ues d'or.

ELLE

Mon rêve a pris l'essor par delà les murs du jardin, il appelle un rêve lointain pour reconnaître en un miroir la douceur éclose de son espoir.

LES AUTRES

Elle se tient debout, les yeux brillants de fièvre tournés vers les immensités...

elle entend monter à ses lèvres des mots mystérieux ;

et la rose d'amour que nimbe la clarté,

de ses doigts réunis s'élève vers les cieux.

ELLE

Oh! tout mon cœur épars dans toute la nature! Comme d'une chaude blessure

la vie, aux sources de mon âme,

se confond à la vie unanime du monde ! la joie enivrante et féconde dont l'univers brûle et se pâme

a marqué dans ma chair sa divine morsure !

LES AUTRES

Au creux des taillis empourprés

tous les parfums exaspérés

épuisent leur caresse ardente

vers celle qui frémit comme une fleur vivante...

ELLE

Ouvrez, ouvrez les portes,

pour que la joie exquise et forte

inonde à présent le jardin,

et, du haut de l'azur et du bout de la terre,

dans les noces de la lumière,

s'exalte toute entre mes mains.

AU JAKDIN DE MÉMOIRK 201

VOICI LE SOIR

LES AUTRES

Voici déjà le jour qui tremble et s'ag-enouille..

Des fuseaux des cyprès

dressés contre l'azur, ainsi que le fil des quenouilles l'ombre s'est dévidée et tombe au pied du mui

ELLE

Au bord des taillis empourprés toutes les fleurs se fanent et s'inclinent. Pourquoi mon cœur bat-il dans ma poitrine, comme une cloche sonne un glas?

202 LE COLLIKR DES UEUKE5

LES AUTRES

Les sources g-azouillent plus bas

et les enfants s'en vont, en se tenant la main

ELLE

Fermez les portes du jardin, je ne veux pas que la rôdeuse franchisse encore notre seuil.

LES AUTRES

Un ang-e aux ailes ténébreuses

courbe l'herbe de la pelouse sous les plis frissonnants de ses voiles de deuil.

ELLE

Il est trop tard, j'entends la déesse jalouse

marcher dans l'ombre à petits pas ; et mon cœur est si las

mon cœur pèse si lourdement que je ne peux plus fuir la main qu'elle me tend,

LES AUTRES

Dans le jardin désert et nu, les feuilles noires que balance le rjthme de vents inconnus, écoutent mourir l'âme du silence

204 ^^^ COLLIER DtS HKUHES

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