IL EST MIDI
Le soleil est debout sur les hauteurs du ciel;
l'azur se dore et s'émerveille et la brise plus lourde a des senteurs de miel.
LES AUTRES
Voici l'heure vermeille où midi rayonnant pèse sur les collines; où son souffle embrasé, comme d'une poitrine monte de la terre qui fume et brûle.
L'horizon, semble-t-il, recule
et se noie en des va^^ues d'or.
ELLE
Mon rêve a pris l'essor par delà les murs du jardin, il appelle un rêve lointain pour reconnaître en un miroir la douceur éclose de son espoir.
LES AUTRES
Elle se tient debout, les yeux brillants de fièvre tournés vers les immensités...
elle entend monter à ses lèvres des mots mystérieux ;
et la rose d'amour que nimbe la clarté,
de ses doigts réunis s'élève vers les cieux.
ELLE
Oh! tout mon cœur épars dans toute la nature! Comme d'une chaude blessure
la vie, aux sources de mon âme,
se confond à la vie unanime du monde ! la joie enivrante et féconde dont l'univers brûle et se pâme
a marqué dans ma chair sa divine morsure !
LES AUTRES
Au creux des taillis empourprés
tous les parfums exaspérés
épuisent leur caresse ardente
vers celle qui frémit comme une fleur vivante...
ELLE
Ouvrez, ouvrez les portes,
pour que la joie exquise et forte
inonde à présent le jardin,
et, du haut de l'azur et du bout de la terre,
dans les noces de la lumière,
s'exalte toute entre mes mains.
AU JAKDIN DE MÉMOIRK 201
VOICI LE SOIR
LES AUTRES
Voici déjà le jour qui tremble et s'ag-enouille..
Des fuseaux des cyprès
dressés contre l'azur, ainsi que le fil des quenouilles l'ombre s'est dévidée et tombe au pied du mui
ELLE
Au bord des taillis empourprés toutes les fleurs se fanent et s'inclinent. Pourquoi mon cœur bat-il dans ma poitrine, comme une cloche sonne un glas?
202 LE COLLIKR DES UEUKE5
LES AUTRES
Les sources g-azouillent plus bas
et les enfants s'en vont, en se tenant la main
ELLE
Fermez les portes du jardin, je ne veux pas que la rôdeuse franchisse encore notre seuil.
LES AUTRES
Un ang-e aux ailes ténébreuses
courbe l'herbe de la pelouse sous les plis frissonnants de ses voiles de deuil.
ELLE
Il est trop tard, j'entends la déesse jalouse
marcher dans l'ombre à petits pas ; et mon cœur est si las
mon cœur pèse si lourdement que je ne peux plus fuir la main qu'elle me tend,
LES AUTRES
Dans le jardin désert et nu, les feuilles noires que balance le rjthme de vents inconnus, écoutent mourir l'âme du silence
204 ^^^ COLLIER DtS HKUHES