‹ Le Collier des heuresChapitre 8 sur 57 · SOUS L'AVERSE · texte numérisé non relu

SOUS L'AVERSE

Si je t'offre mon ptirapluie, si tu cours, jupon relevé, c'est que du ciel couleur de suie une averse bat le pavé.

Aussitôt, la rue est déserte, les passants se sont envolés, et chaque fenêtre entr'ouverte clôt soig-neusement ses volets.

L'averse redouble, ma chère; l'azur a mis sou manteau gris ; entrons sous la porte cochère, un instant, nous mettre à l'abri.

Nous y verrons le monsieur grave, une serviette sous le bras, redoutant le rhume qu'aggrave l'humidité des trottoirs g"ras.

Et la vieille fille à l'air rêche, qui doit être — j'en suis certain, rien qu'à voir frémir ses mains sèches première d'un grand magasin.

Près de nous, les poings dans les poches, un gamin sifflote, narquois.

La pluie en tombant fait des cloches dans les caniveaux trop étroits.

AU JAriDIN DE VIE.

La trombe gifle les murailles, et les autobus vont, plus lents, dans un tumulte de ferraille, comme des monstres ruisselants.

Mais, soudain, le déluge expire, et, tel un poussin sort d'un œuf, du nuage qui se déchire jaillit un beau soleil tout neuf.

Il inonde la rue entière; et l'espace, au delà des murs, a l'air d'une immense verrière qu'enluminent l'or et l'azur.

La pourpre autour de nous ruisselle.

Au baiser du soir fabuleux.

le pavé luisant étincelle et se moire de reflets bleus.

Et le nuage, qui s'attarde dans les hauteurs du ciel doré, sous la lumière qui le farde, a l'air d'un grand foc déchiré.

Alors, rieuse, tu te penches, ton pied menu goûte le sol, et, les coudes collés aux hanches, tout à coup tu reprends ton vol.

Page 1