CHAPITRE PREMIER
augmentait quand ils voyaient la conviction religieuse ou les rivalités poliliqucs pousser dans leurs rangs une grande partie de la noblesse. Même au sein du parlement de Paris , leurs doctrines comptaient des adhérents. Henri II épouvanté fit arrêter Anne Dubourg avec quelques autres conseillers. En même temps, il s'était hâté de conclure avec l'Espagne le traité de Cateau-Cambresis, « à quelque prix et condition que ce fût, » comme le déclara au parlement le cardinal de Lorraine, afin de pouvoir, en liberté, vaquer à l'extermination de l'hérésie. ^ De nouvelles persécutions allaient ainsi avoir lieu, quand le coup de lance de Montgommery termina un règne qu'avait inauguré le coup de Jarnac.
François II, aussi faible d'esprit que de corps, fut toujours incapable de régner par lui-même, et de parler autrement que d'après l'inspiration des Lorrains, oncles de sa femme Marie Stuart. Le supplice d'Anne Dubourg et de sévères ordonnances défendant les conventicules réformés, - signalèrent l'avènement des Guises et l'acharnement déployé à Paris contre les dissidents, ne fut que trop imité dans les provinces; partout on déchainait « la grande levrière », c'est-à-dire la populace, et les fureurs qu'elle déploya alors, font songer à certains raffinements de la Terreur de 1793.' « Ils inventèrent plusieurs manières de découvrir les Évangéliqucs. Car, outre leur façon accoutumée d'accabler ceux qui ne s'agenouillaient
* Pasquicr. Lettres, t. H, p. 77 (éd. 1723).
* Mémoires de Condr, t. I, p. 308 (éd. 1713).
^ La Planche. De VEstat de France, p. 419 (éd. Pan- Ihéon).
devant les prêtres portant l'hostie ou Corpus Domini qu'ils appellent, on érigea à tous les coins de rues, des images de la vierge Marie, comme aussi elles étaient élevées au-dessus des portes des meilleurs catholiques, devant lesquelles se disaient ordinairement les saluts et autres oraisons accoutumées en telles dévolions. Que s'il se rencontrait quelque passant qui notât son honnet, aussi soudain élait-il assailli par certains hommes qui étaient aux aguets dans les maisons prochaines. Ils tirent aussi des boites ou épargnemailles où ils contraignaient les passants de mettre argent pour les cierges et luminaires; que si on faisait la moindre difticulté, on était chargé de coups. » ' Ne sont-ce pas là ces scènes de tyrannie que nos pères ont vu se renouveler à la fin du dernier siècle? Les mauvais instincts de la populace sont les mêmes dans tous les temps; les formes seules de la tyrannie populaire varient. -
Mais lorsqu'ils persécutaient ainsi les Réformés, les Guises, par leur hauteur, s'aliénaient en même temps la noblesse. Ils avaient organisé, au dehors
* La Planche. De VEstat de France, p. 226 et 237.
- Tout le monde a entendu parler des certificats de civisme et du commerce auquel ces certilicats donnaient lieu. Un fait moins connu, mais qui nous a été attesté par plus d'un contemporain de la Révohition, c'est que la fabrication de petites guillotines, comme jouets d'enfants, était devenue une autre industrie, et l'achat de ces guillotines un impôt forcé qu'on levait sur les populations. Les enfants allaient par les rues, guillotinant des souris, des oiseaux, et des marchands ambulants colportaient lodieux jouet jusque dans les moindres villages. Il fallait l'acheter sous peine d'être taxé d'incivisme et d'être noté comme suspect.