‹ Le colloque de PoissyChapitre 13 sur 96 · CHAPITRE PREMIER. \o · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. \o

comme au dedans du royaume, une redoutable police dont les frais s'élevaient, dil-on, jusqu'à 50000 livres par mois, ' et la terreur établie par eux était telle ({ue des hommes, comme le maréchal de Saint- André, estimaient qu'en un pareil temps « le moins » écrire était le meilleur. » - Les haines soulevées par les Guises éclatèrent par la conjuration d'Amboise (mars 1560), où il y avait « plus de malcontentement que de huguenoterie ». Elle échoua et fut suivie de sanglantes exécutions et d'un redoublement de rigueur contre les Réformés. Le petit roi s'associait lui-même aux fureurs des Guises: « Je ne désire » rien plus, écrivait-il au seigneur de Tavannes, que » d'exterminer du tout les séditieux et en couper si •) bien la racine que par ci-après il n'en soit nou- » velles. » Et, plus tard, il charge le maréchal de Termes, envoyé en Poitou « de si bien nettoyer le » pays d'une infinité de canailles qui ne servent que » de troubler le monde, qu'il n'en soit plus en peine. )>^ On parla de nouveau d'introduire l'inquisition d'Espagne et le chancelier l'Hôpital n'en sauva la France que par l'édit de Romorantin. Ce fut le premier acte de cet homme de bien, él ranger au fanatisme de son temps, qui lutta avec un noble courage pour imposer la tolérance aux factions religieuses, et mourut de douleur le jour où la Saint-Barthélémy vint lui démontrer l'impuissance absolue de ses efforts et

* La Planche. De l' Estai de France, p. 311.

- Négociations sous François II, p. !286. Saint-André au Connéta])le, "20 février l'iGO.

'' iVtV/. sous François II. Lettres du roi du -2*2 avril et du l^' octobre loCO, p. 3il et u80.

anéantir ses dernières espérances. Enfin, les Guises croyaient avoir tout gagné, quand le piège des États d'Orléans eut livré entre leurs mains le roi de Navarre et le prince de Condé; mais un mal subit emporta, comme on sait, le valétudinaire François II (5 déc. 15C0), et avec lui le pouvoir de ses tuteurs. ' Le signal de la proscription était parti d'en haut ; la royauté « avait montré le chemin des brùlements ; » mais elle n'avait pas tardé à trouver un redoutable auxihaire dans la grande majorité catholique. Donner en spectacle à la foule les supplices atroces des Pro lestants, c" était éveiller chez elle tous les mauvais instincts, c'était exciter le fanatisme plus peutêtre que ne le faisaient les prédications des prêtres et des moines : la place de l'Estrapade et le parvis Notre-Dame, le jour des exécutions, devenaient une triste école pour le peuple, et de ceux mêmes que n'y conduisait, d'abord, qu'une fatale curiosité, un grand nombre s'en retournaient profondément pervertis. Semblable à ces bêtes féroces que le sang enivre, la multitude, dès qu'elle en eut goûté une fois, ne cessa plus d'en demander à grands cris. Aussi, voyonsnous de bonne heure son intervention dans la lutte contre la Réforme devenir très-active. Dès 15^8, lors de la mutilation d'une statue de la Vierge dans la rue des Rosiers , des tumultes éclatèrent dans Paris, et l'année suivante ce fut sous la terreur des menaces de la rue que le parlement frappa Berquin. La découverte, sous Henri II, de l'assemblée protes-

' Pasquier, t. II, p. 83.

^ Brantôme, t. I, p. 2i5.

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