‹ Le colloque de PoissyChapitre 14 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tante de la rue Saint-Jacques, amena de nouveaux excès de la part de la populace qui se rua sur les prisonniers, frappant avec rage jusqu'aux femmes, les précipitant dans la boue, comme pour leur rendre plus amer, par cette barbarie inutile, le supplice qui les attendait. ' N'oublions pas non plus que les pro-

* L'indignité de ces traitements avait ému jusqu'au cœur, d'ordinaire si ferme, de Calvin, et on surprend les traces de cette émotion dans les lettres qu'il adresse aux prisonnières de Paris :

« Je ne m'esbahis point, très-chères sœurs, si vous estes estonnées en ces durs assaults et sentez les répugnances de votre chair, laquelle fait d'autant plus ses efforts que Dieu veut besogner en vous par son Saint- Esprit Puisque Jésus-Christ est mort pour vous et

par luy espérez salut, aians esté baptizées en son nom, il ne faut point estre lasches à lu\' rendre l'honneur qui

luy appartient Quant il nous mect au combat et à

^cspreu^c contre ses ennemis, d'alléguer là -dessus nostre infirmité pour l'abandonner, ou renier, il ne nous proiicte de rien, sinon pour nous condamner de desloyauté. Car celuy qui nous mect en bataille, nous garnit et munit, quaiit et quant, d'armes nécessaires et nous donne adresse pour en user. Il ne reste que de les

accepter et nous laisser gouverner à luy »

Lettres de Cahin (éd. Bonnet}, t. II, p. 145.

Et à M-"' de Rentigny :

« Maintenant qu'ii vous appelle à rendre tesmoignage à la doctrine où gist tout nostre bien, salut et gloire, pensez en premier lieu en quoi ^ ous luy estes obligée, et si la condition de vous acquitter est dure et pesante, consolez-vous de ce qu'il ne requiert rien qui ne retourne à vostre profict. Je sais bien que plusieurs vous pourront alléguer qu'il se vaudrait mieux espargner que de s'abandonner sans profict; mais en remettant vostre vie à celuy auquel elle appartient, laissez-lui disposer de l'issue qui en adviendra, comme c'est à luy de faire fructifier tout ce qui procède de nous, pour ce qu'autrement il serait inutile. »

Ibid., t. II. p. i:i9.

18 COLLOQIE DE POISSY.

vocations des Réformés durent en mainte occasion exaspérer les Catholiques , insultés dans les cérémonies qui leur étaient chères, et les croyances qu'ils tenaient pour divines. Ainsi, dans ce cercle infernal où s'agitait la France, la haine appelait la haine, et la violence des violences nouvelles. Toutefois, ni la royauté avec ses édits de proscription, ni la populace avec ses fureurs, n'avaient encore, vers la fin de 1560, pu triompher de la Réforme. Les Calvinistes, en face des Catholiques infiniment plus nomhreux, continuaient de former un parti de plus en plus redoutable; leurs rangs se grossissaient de tous ceiLx qui voulaient fonder, sur une opposition religieuse, leur révolte poUtique ; enfin , la chute des Guises , en les débarrassant de leurs plus implacables ennemis, venait encore de hausser leurs courages et faisait concevoir à leurs chefs les plus vastes espérances.

Qui allait maintenant régner sur cette société si bouleversée'? Charles IX et Catherine de Médicis, un enfant de neuf ans et une femme. Cette femme était elle-même une étrangère, fille de marchands parvenus, que bien des gens trouvaient née trop bas pour gouverner un si grand pays que la France el dont la conduite antérieure, si elle promettait beaucoup de s(mplesse, manquait entièrement de dignité. Toujours éloignée jusque-là des affaires, Catherine de Médicis ne pouvait en avoir Texpérience ; on ne remarquait encore chez elle qu'une dissimulation peu commune, qui restera le trait dominant de son caractère et dont elle avait fait Tapprentissage en rampant d'abord sous la maîtresse de son mari, ensuite sous les Guises. Les circonstances, néanmoins, lui réser-

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