‹ Le colloque de PoissyChapitre 15 sur 96 · CHAPITRE PREMIKR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIKR

vaieiit un rôle important, et comme la possession du pouvoir fait facilement illusion aux hommes sur celui qui le possède, plus d'un historien, pour avoir longtemps trouvé devant lui cette femme, et à cause même de sa présence obstinée aux affaires, s'est exagéré sa valeur réelle. Un examen vraiment impartial des faits et qui montrerait quelle part doit revenir à Catherine de Médicis dans les événements de son temps, ferait, il nous semble, justice de cette exagération. Une certaine habileté, presque toujours il est vrai associée à la perfidie, et la patience, qui est souvent une condition de succès, voilà ce qu'on ne saurait lui contester. Nous-mème nous aurons à signaler quelques actes heureux du commencement de sa régence ; mais le bien ne fut qu'un rare accident dans la longue carrière de Catherine de Médicis. Nature d'ailleurs vulgaire (la protection quelle accordait aux artistes était, chez elle, tradition de famille plutôt que goût véritable pour les arts), sans grandeur dans l'esprit, sans aucun plan politique, passionnée pour le pouvoir à cause des jouissances qu'il procure, aimant par-dessus tout la petite intrigue et les petites ruses italiennes, et ainsi vivant au jour le jour, totalement dépourvue de sens moral, telle nous la montre sa vie politique entière; et si pendant près de trente ans, au milieu des débris de sa race, on la voit toujours surnager sur le flot des événements, c'est qu'elle s'abandonna le plus souvent à ce flot, et n'essaya piesque jamais de le diriger ou de lui résister. Celte femme, tant vantée par quelques panégyristes, ne sut être que le mauvais génie de ses enfants et de la France, et sa politique, à qui nous refusons également

notre admiration et nos louanges, devait trouver dans ses résultats mêmes sa plus éclatante condamnation.

Le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, l'ainé des princes du sang, aurait pu prétendre à la régence, mais Catherine de Médicis avait obtenu qu'il se contenterait du titre de lieutenant général du royaume. C'était un prince brave et de gracieuses manières, beau discoureur, mais vain et imprudent à Texcès. Il suffisait pour mal augurer de lui de le voir, malgré sa barbe déjà grise et quoiqu'il eût près de cinquante ans, porter bagues et boucles d'oreilles, comme les femmes, et attacher aux soins de sa parure une ridicule importance. Son peu d'entendement, la faiblesse de son caractère, le livraient sans cesse en proie aux flatteurs et aux intrigants; il n'agissait que sous leur influence et se laissait pousser par eux aux démarches les plus compromettantes. Toutefois, son ambition n'allait à rien moins qu'à devenir roi des Romains et il espérait se faire rendre par l'Espagne la partie de la Navarre qu'elle détenait ou donner en place la Sardaigne; mais au dehors comme au dedans on le méprisait, et dès lors les ambassadeurs de Venise disaient de lui qu'il n'obtiendrait jamais rien, parce que jamais il n'aurait une conduite ferme et vigoureuse. '

Nul nexerçait, en ce moment, une plus grande influence sur le gouvernement que le prince de Condé et l'amiral de Coligny, les chefs du parti réformé. Le premier, condamné naguère pour le complot

* Jean Michiel, 1561 {Amb. venu., 1. 1, p. 429).— Michel Suriano, 1561 {Amb. veniL, t. I, p. 553).

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