CHAPITRE PREMIER
d'Amboise et qui, sans la mort de François II, eût payé de sa tête la haine des Guises, type accompli de cette noblesse française, brave, spirituelle, mais légère et frivole; le second, grave, austère, vivante j)ersonnirication du génie de la réforme calviniste, déjà connu par d'éminents services rendus à la France, par son courage à braver les Guises tout-puissants, bon capitaine, dont les malheurs futurs de notre pays devaient faire un héros. De tels hommes, le dernier surtout, auraient pu donner au gouvernement d'énergiques conseils ; mais leur influence, comme celle d'un autre homme de bien, principal ministre de la couronne, le chancelier THôpital, ' dépendait du caprice d'une femme: réelle aujourd'hui, demain peut-être elle n'existera plus.
Les Lorrains, au contraire, se tenaient à l'écart; tombés tout d'un coup du pouvoir ils étaient encore étonnés de leur chute, mais ils observaient le gouvernement et on pouvait prédire que leur attitude deviendrait menaçante aussitôt qu'ils lui verraient montrer la moindre faiblesse. Le duc François devait sa grande réputation à ses talents militaires; tout le monde, amis et ennemis, s'accordait à louer son cou-
* Voir son portrait dans Brantôme {Vie d'Anne de Montmorencu). Les Catholiques exagérés le regardaient comme l'ennemi de leur relii^ion (Michel Suriano, io6i, t. 1, p. 517, Amb. vénit. — IJjid., t. Il, p. C9. Marc Barbare, 4563).
Le duc d'Albe l'accuse d'être huguenot {Pap. d'État de GranvcUe, t. IX, p. 315, éd. du Com. d'histoire de France).
Homo doctus, sed nullius rcligionis et, ut verè dicam, «esos. (Bclcarius, lib. XXVIII, f. 937j.
rage, sa vigilance, sa constance à la guerre, son sang-froid, qualité rare dans un français. Son défaut principal était peut-être l'avidité commune à sa famille; il s'était fait un grand nombre d'ennemis en tenant mal ses promesses et lors même qu'il se proposait de les tenir, en y mettant une lenteur infinie. Il avait vu avec désespoir l'autorité lui échapper ' et il était prêt à tout pour la ressaisir. Nature généreuse, mais susceptible de se laisser corrompre par l'ambition jusqu'à devenir féroce; il y avait en lui l'étotîe d'un grand homme ; les circonstances et cette malheureuse ambition, pour qui tous les moyens étaient bons, n'en firent qu'un chef de parti fatal à son pays.
Son frère, le cardinal de Lorraine, se faisait remarquer par une grande finesse d'esprit ; il était lettré, avait une mémoire étonnante, savait le grec, le latin et parlait l'italien avec une facihté admirée des Italiens eux-mêmes. Sans être un théologien savant et profond, il discourait agréablement sur les matières de théologie - et avait bonne opinion de son savoir et de son habileté. Sa vie paraissait assez régulière, et par là encore il se distinguait des autres prélats qui
* Voir dans La Planche {Estât de France, p. 413) comment il s'emporte contre les médecins qui ne peuvent sauver son petit roi.
- « De lîèze mettant le pied à l'estrier, en partant de Klieims, où il venait de conférer avec le cardinal, dit : Si j'avais telle élégance que M. le Cardinal, j'espérerais convertir et rendre moitié des personnes de la France à la religion de laciuelle je fais profession. » {Journalier faict a Reims par un bon bourr/eois de ce qui se passait en 1500 du temps des Étals d'Orléans.)