CHAPITRE PREMIEU. "-lo
ne prenaient pas la peine de cacher leurs désordres. ' Ce qu'étaient ses croyances religieuses, il est fort dilTicile de le dire, car il n'avait pas, comme le dit Brantôme, « Tàme si pure, mais fort barbouillée. » f.a conduite habituelle du cardinal, ses demi-approbations de la confession d'Augsbourg, son langage aux conférences de Saverne, autorisent à croire que sans religion lui-même, il se servait de celle des autres pour en faire un marche-pied à son ambition. Intrigant et brouillon, ses talents pohtiques furent au moins médiocres, au dire même de ses amis les Espagnols. ^ Plus cupide encore que le reste des Lorrains, il passait pour envieux, vindicatif; sans courage, il était, dans l'occasion, cruel comme un poltron qui se venge de la peur qu'on lui a faite. Ministre, il excita la haine universelle en blessant tout le monde, et sa violence fut telle que dans tout le royaume on ne désirait que sa mort. ^
Tels étaient les deux principaux ennemis du nouveau gouvernement, ceux qui pouvaient lui créer le plus d'obstacles. Il fallait les surveiller, mais non leur montrer qu'on les redoutait. Cest ce que malheureusement ne comprit point Catherine de Médicis, qui tremblait devant les Lorrains. « Quoi, disait-elle » à ses amis, ne voyez-vous pas qu'ils ont en mains
' Jean Micliiel, lo6l, Auib. roiil., t. I. p. i-29 à iil.
- Branlônic, t. I, p. ii;î léd. l^nilliéon).
" En disi^'ràco il n'est bon à rien; en faveui' il est insoient et ne reeoiuiail pkis personne. (Lettre du due d'Albe. 18 juillet lo7^2.)
• Tant ([u'il fut au pouvoir il se fit toujours accompagner de gardes nombreux. Hubert Lan^uet. Arcanu sœculi XVI (éd. 1699, lib. Il, ép. 10, décembre 1559).
» toutes les finances, tous les gens d'église à leur » dévotion, qui ne leur manqueront de rien pour » achever d'exécuter leurs desseings, si on les irrite et » qu'on les amène au désespoir, comme déjà je vois le » duc de Guise préparé à jouer à quitte ou double. »• Il pouvait y avoir du vrai dans ces craintes, mais à coup sur elles étaient bien exagérées. Les Guises n'étaient pas encore à ce moment si assurés de leur puissance, et le duc François eût comme les autres, courbé la tête sous la loi, si derrière cette loi il avait vu un gouvernement énergique et décidé à tout oser pour la soutenir.
Il est dans la vie des nations de redoutables moments où la Providence les appelle à décider ellesmêmes de leurs propres destinées, où les générations choisies entre toutes pour ces solennelles épreuves, engagent l'avenir d'une longue suite de générations. C'est ainsi que, faute d'avoir compris, en 1356, la nécessité de soutenir Etienne Marcel et les États généraux, notre pays avait manqué l'occasion de se donner ses institutions représentatives , et s'était livré pour des siècles au pouvoir arbitraire. Mais voici que la moitié de l'Europe, se soulevant à la voix de Luther et de Calvin, a secoué le joug de la papauté et rompu avec les traditions religieuses du moyen âge. Quel sera dans cette grande révolution le rôle définitif du peuple français"? Depuis quarante ans déjà, ses rois hésitent sans savoir prendre parti; équivoque et périlleuse situation qui ne saurait se prolonger. Les heures accordées aux nations pour se
• La Planche. De l'Eslat de France, p. 420.