‹ Le colloque de PoissyChapitre 18 sur 96 · CHAPITRE l'KEMIEK · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'KEMIEK

recueillir et choisir leur voie sont comptées ; il faut que, sans différer d'un seul jour, la France se prononce maintenant. Heureuse encore si elle peut réussir, par une prompte décision, à conjurer les périls qu'ont appelés sur elle les incertitudes de ses chefs !

Trois partis s'offraient à la régente. Continuer la politique de persécution contre les Réformés : on les réduisait ainsi au désespoir et une prise darmes de leur part devenait inévitable; la Réforme pensait avoir assez de martyrs. Passer du côté de la religion nouvelle et entraîner à sa suite la noblesse et le l)euple, en partageant avec eux les biens du clergé: ce second parti, que les Chàtillons eussent sans doute conseillé, présentait à coup sûr de grands dangers; mais, disent les partisans de cette défection, avec de l'audace et beaucoup de décision, le succès n'en eût pas été impossible. On sait quelle influence rexcmplc du gouvernement a toujours sur les masses ; ceux qui, par peur, cachaient leurs opinions (et ils étaient fort nombreux), se fussent déclarés et l'appât des biens d'église eut gagné les indifférents. Les récits des ambassadeurs vénitiens, même sans les cahiers des États de Pontoise , sufliraient pour prouver que ces biens n'eussent pas manqué d'ac- ([uéreurs. ' En s'assurant des Guises et en réprimant

' Jean Miehiel, 15(31, Ainb. vhiit., t. 1, p. iOi).

a Quant à la religion, si Dieu n'y apjSorte remède, les choses sont ici aux plus tristes termes.... La eontagion s'étend à toutes les elasses et (ehose étrange) même

aux ecclésiastiques Tout le mal ne parait pas au

dehors: les rigueurs exercées y ont mis ordre Les

sévèrement les prêcheurs des deux partis qui poussaient à la guerre civile, on empêchait l'explosion de cette mine effroyahle qui menaçait d'éclater au sein de la France. Combien aussi les destinées de notre pays étaient changées, si le gouvernement prenait cette résolution hardie! Deux cents ans d'abaissement et des douleurs sans nombre étaient épargnées au tiers état, et qui pourrait dire quelles modifications l'esprit d'indépendance de la Réforme, soutenu par les habitudes de liberté municipale, si fortes encore au seizième siècle, eussent dès lors fait subir aux institutions politiques de la France! * La monarchie tempérée que tentera en vain de fonder la Constituante de 89, n'était pas une chimère irréalisable en 1561. Combien aussi une telle révolution rendait plus nette la position de la France en Europe! Puis-

nobles surtout sont contaminés et notamment ceux dont l'âge ne dépasse pas quarante ans. Plusieurs d'entre eux vont toujours a la messe et observent les cérémonies catholiques, mais ce n'est que par peur; et lorsqu'ils croient pouvoir le faire sans qu'on le sache, ils renoncent à la messe par-dessus tout et évitent les églises autant qu'ils le peuvent, etc. »

{Ibld., p. 412.)

* Il faut voir avec quelle force le chancelier Tllôpital insiste, dans sa harangue aux Efats d'Orléans, sur l'utilité qu'il y a pour le Roi à tenir les Etats de son royaume et réfute les objections de ceux qui croyaient la tenue des Etats un danger pour la puissance de la royauté. Et le chancelier de l'Hôpital n'était pas seul de cette opinion au seizième siècle. (La Place. Eslat de la religion et république, liv. IV, p. 81, éd. Panthéon.)

« L'appel aux Etats est une vieille folie qui court en l'esprit des plus sages Français. »

(Pasquier; liv. IV, lettres 9 et 13.)

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