CHAPITRE PREMIER
sance catholique, s'aidant des Protestants contre rAutriche, son rôle était équivoque, et souvent abandonnée par des alliés qui appartenaient à une autre croyance, elle n'avait pu que se défendre péniblement: protestante, elle gagnait l'appui sérieux de tous les Protestants, et dès lors, sa victoire sur l'Autriche n'était plus ajournée jusqu'au milieu du siècle suivant! Ainsi raisonnent ceux qui regrettent de n'avoir pas vu Catherine de Médicis réparer, en 1561, ce qu'ils appellent l'erreur de François I, estimant qu'il était temps encore de pousser la France au protestantisme et de ressaisir l'occasion une première fois perdue. Nous rapportons ces arguments, sans prétendre les juger : peut-être après trois siècles écoulés manquons-nous aujourd'hui des informations nécessaires pour en apprécier exactement la valeur. Restait entin, comme troisième parti, d'essayer la réconciliation des deux religions, au moyen d'un compromis qu'eût avoué le vrai génie de notre race : patriotique et sérieuse transaction , tenant compte à la fois des traditions du passé et de l'esprit nouveau de la Renaissance, n'admettant pas plus certains dogmes de la Réforme que la domination de la papauté, et pouvant seule donner enfin naissance à ce gallicanisme, demeuré jusqu'ici le plus souveni un vaiii mot. Obtenir des deux doctrines ce compromis était assurément chose difficile, surtout en maintenant la question sur le terrain purement théol()gi(|ue; mais si la royauté savait, dans cette circonstance, prendre une initiative hardie, elle avail assez de force pour imposer ses volontés à l'un et à l'autre parti. L'intelligente race gauloise, on peut le
28 COLLOQIR DE l'OISSY.
croire, n'aurait pas tarde à comprendre le prix de la tolérance religieuse dont le calme rendu aux esprits eût été la première conséquence, et la ])aix dans le royaume pouvait être certainement maintenue, si le gouvernement montrait une fermeté qui ne se démentirait pas un instant. Ainsi mise en demeure de choisir, que fera la régente? Déplorable condition des monarchies absolues! De la résolution d'une femme sans génie et sans vertu allait dépendre le salut ou la ruine d'un grand peuple !
Rien n'est si périlleux , a dit un grand historien , que de prendre un système de gouvernement pour ainsi dire à l'essai et avec cette arrière-pensée qu'on en pourra toujours changer. ' Dans la situation où se trouvait la France, une telle politique était la plus propre à discréditer le pouvoir, à le conduire à Vabîme. Or, ce fut précisément celle que suivit Catherine de Médicis. Légère, sans prévoyance, se laissant toujours aller aux événements, nous la verrons tour à tour essayer et user tous les systèmes : c'était prouver à tous les partis et sous toutes les formes son entière impuissance à gouverner ; c'était se vouer à leur mépris; c'était enfin déchaîner la guerre civile, le plus terrible fléau qui, dans l'état où se trouvait l'Europe, pût frapper le royaume !
Aussi (chose triste à dire!) dans la honteuse période dont nous retraçons l'histoire, ce n'est pas au Louvre, c'est à l'Escurial qu'il faut chercher le vrai gouvernement de la France. Cette intervention de l'Espagne dans nos affaires, le traité de Cateau-
' M. (iuizot. Ilist. de la rh'ol. d'Angleterre.