‹ Le colloque de PoissyChapitre 20 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Cambrèsis Tavait préparée; les Guises, en 1560, ne s'étaient maintenus que par l'appui de Philippe II, et, à partir de 15Gi, le parti catholique, par ses appels successifs, achèvera de mettre l'étranger au cœur du royaume. Le parti cathohque, c'est-à-dire la coalition des Lorrains, de Saint-André, de Montmorency, du clergé et de son immense cUentèle, celui-ci tremblant pour ses biens, ceux-là épouvantés de voir les Étals provoquer une enquête sur les vols pubhcs (Étals provinciaux de Tile de France, 30 mars 1560), ou impatients de ressaisir le pouvoir, tous prenant la religion pour prétexte et poussant à la guerre civile les masses aveugles et fanatisées. * Misérables marionnettes que la main de Philippe II fait mouvoir à son gré et qui tous travaillent au profit de l'Espagne, tandis que Catherine de Médicis croit gouverner, parce qu'elle s'agite. C'est ainsi que l'Espagne, malgré sa propre faiblesse, encore ignorée de l'Europe, parviendra à ruiner la France. « Si les Français, écrivait » le duc d'Albe, n'avaient eu tant d'affaires sur les » bras, si Votre Majesté n'avait prévenu leurs projets, » il leur était facile de se rendre mailres de la chré- » tienté. » - En vain le chancelier rilùpilal, en vain les Chàtillons lutteront pour sauver la France ; mal secondés, bientôt trahis par la régente, tous leurs elïorls échoueront conlre la ligue occulte qui reçoit

' En traitant du rôle politique des partis reli?:icux, il y a toujours (et cela va sans dire) lieu de faire une réser\c en faveur de la sincérité de la niasse; mais trop souvent cette sincérité ne se rencontre i)as chez les chefs et les meneurs.

' Papiers d'Etat de Gran\elle, t. VII, p. ^iiO.

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son mot d'ordre de rEscurial ; eux-mêmes seront brisés et la France descendra jusqu'au dernier degré de l'abaissement.

Les Guises avaient gouverné avec tant de violence qu'une réaction dut suivre leur chute. Catherine de Médicis, à qui la îyrannie des Lorrains avait pesé comme à tout le monde, s'abandonna d'abord à cette réaction, et ce début de sa régence, malgré la faiblesse qu'elle ne tarda pas à montrer, est, après tout, la partie la plus honorable de sa carrière poUtique. Des lettres de grâce furent aussitôt accordées à tous les détenus pour reMgion et une foule de calvinistes fugitifs rentrèrent en France. ' Un édit du Roi défendit, en même temps, les noms injurieux de papiste et de huguenot. Mais comme il arrive toujours dans une réaction, les Réformés ne surent pas oublier que la veille encore ils étaient opprimés et se livrèrent à de regrettables désordres : l'émeute gronda au Pré-aux- Clercs à Paris, on brisa des images, on alla jusqu'à violer des sépultures. Disons-le, toutefois, les chefs de la Réforme blâmèrent ces excès, et Théodore de Bèzc, dans une lettre adressée à la reine de Navarre, s'éleva, avec une indignation qui lui fait honneur, contre ceux qui les commettaient. -

L'opinion publique commençait à réprouver le système de persécution jusqu'alors mis en usage contre ceux de la religion réformée. Le gouvernement lui-même, aux États d'Orléans, sembla, par l'organe du chancelier de l'Hôpital, annoncer une politique

' Jean Michiel, loCl, Amb. vénit., t. I, p. ii:2. - Mcm. de Condé, t. II, p. 268-366.

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