‹ Le colloque de PoissyChapitre 21 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nouvelle. « Osions, disait cet homme généreux, ces n Miots diaboliques, noms de partis, factions et sédi- » tions, luthériens, huguenots, papistes; ne chan- » geons le nom de chrétiens. » Et il proclamait qu'on s'était trompé sur les moyens à employer pour ramener les dissidents. « Nous avons ci-devant lait comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de leurs enni mi> avec toutes leurs forces, laissant dépourvus et ténues leurs logis. Il nous faut doresnavant garni.' do vertus et de bonnes mœurs et puis les assainir avec les armes de charité, prières, persuasions, paroles de Dieu, qui sont propres à tel combat. La bonne vie persuade plus que l'oraison; le Cousteau vault peu contre l'esprit, si ce n'est à perdre l'àme ensemble avec le corps. >' ^ C'étaient là de belles paroles, des conseils dictés par une sage poUtJque non moins que par la charité chrétienne. Les députés des États, ceux du clergé exceptés, s'unirent en effet à la pensée du chancelier. On repoussa, conmie orateur, le cardinal de Lorraine, qui avait

• La Place. De l'Estat de la religion et de la république, liv. IV, p. 80.

Toutes les provinces étaient le théâtre d'une lutte ardente entre les deux doctrines. On peut juger de rétat de la France par ec qui se passait à Provins. Les mémoires du curé Ilaton nous font assister aux combats livrés dans cette ville aux Réformés par le jacobin d'YvoUé. Le portrait de ce prêcheur est fort curieux : « Droit de corps, de grande corpulence, bigle d'un œil, noir de visage, rude de parole. » A voir paraître de pareils athlètes, on pressent qu'il s'agira bientôt uioins de persuader que d'écraser sou adversaire et que le régne de la force n'est pas loin.

{Mémoires de llalon, t. I, p. 137.)

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demandé à porter la parole au nom des trois ordres ; la noblesse et le tiers , au lieu de réclamer l'extermination des hérétiques, comme les Guises Tavaient espéré en convoquant les États, se répandirent en plaintes contre le cleri2;é, et la noblesse proposa d'accorder des églises aux Réformés.

On avait défendu d'imprimer les cahiers des États et les harangues des orateurs; mais cette précaution fut inutile. Le 11 juin les Réformés présentèrent requête au Roi pour avoir des temples. On ne leur accorda pas leur demande; mais l'édit de juillet, rendu à la suite d'une longue et solennelle délibération du parlement (23 juin au 11 juillet 1561) et enregistré malgré le mauvais vouloir de cette cour, adoucit les peines prononcées contre les dissidents par les édits antérieurs. '

L'ordonnance d'Orléans n'avait pas ménagé le parlement, et dès lors on avait vu ce dernier refuser l'élargissement des détenus pour religion," repousser redit du Roi sur les injures, ^ et montrer la plus criante injustice contre le protestant Longjumeau, dont la maison, située au Pré-aux-Clercs , avait été

' Mémoires de Condê, t. II, p. 370-396.

Le cardinal de Lorraine avait parlé à beaucoup de gens de la nécessite d'une réforme dans la religion. Il avait même donné à entendre que, dans la délibération du parlement, il mettrait en avant la confession d'Augsbourg. Quelques personnes s'attendaient, de sa part, à un avis modéré, mais il trompa leur espoir et nul ne se montra, dans la discussion, aussi violent que lui et son frère. François. (Hubert Languet, Arcana sœculi XVi, Mb. II, en. 48 et 49.)

- Mém. de Coudé, t. II, p. 271.

' Ibid., t. II, p. 33 i. •

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