CHAPITRE l'UKMIKR. o
mise à sac par la « pauvre commune calliolique. »' Était-ce pour se venger de la réduction de leurs gages que les magistrats de la cour suprême faisaient au gouvernement une si regrettable opposition, semportant jusqu'à décréter le chancelier d'ajournement personnel, et approuvant le prévôt de Paris pour avoir eu l'audace de défendre la publication d'un édit royal? L'introduction dans le parlement par la vénalité des charges de beaucoup de sujets indignes, explique cette honteuse conduite. - Et c'est deux années à peine après la fameuse séance illustrée par Anne Dubourg, que le parlement, avili par un coup d'Étal, aveuglé par l'intérêt personnel, résiste ainsi aux plus sages mesures du gouvernement, et se fait un des plus dangereux instruments de lintrigue lorraine et espagnole. Chute profonde, mais inévitable, pour les corporations comme pour les individus, dés que l'égoïsme et la peur parlent chez elles plus haul que la conscience î
Malgré cette opposition si malheureuse du parlement, la reine-mère, estimant avec raison que les États généraux, convoqués à Pontoise pour le mois d'août, renouvelleraient la demande des temples, crut le moment venu de changer de conduite à l'égard de la Réforme. Tant d'hommes avaient, en eiïet, adhéré aux doctrines nouvelles que le gouvernement pouvait songer à passer de leur côté ou du moins à composer avec elles.
' Mrinoires de Condr, t. II, p. 'M'?>. - Voir le Traité de la rèfonnaîion de la justice, du c'hanceiicr riiopilai.
N'avail-on pas vu l'Allemagne, en 1541, mettre en présence les représentants du Catholicisme et du Protestantisme dans la solennelle assemblée de Ratlsbonne et tenter la réconciliation des deux religions? N'avait-on pas vu les magistrats de plusieurs cantons de la Suisse citer devant eux Catholiques et Protestants et écouter les raisons des deux partis, avant de se prononcer pour l'un ou pour l'autre? De tels faits navaient point échappé à Catherine de Médicis, et, conseillée sans doute par l'Hôpital et les Chàtillons, elle résolut d'appeler en France à un semblable débat les vieilles et les nouvelles doctrines. Les députés du clergé, qui devaient siéger aux États de Pontoise, furent, à cet effet, convoqués par elle dans la petite ville de Poissy; on donnait pour motif de cette convocation la nécessité de s'occuper de la subvention du clergé au Roi et de préparer les matières à soumettre au futur concile. ' La régente ne crut pas opportun d'expliquer plus clairement ses intentions ; mais en même temps un édit du 25 juillet permettait à tous les sujets du Roi de se rendre à l'assemblée de Poissy et d'y faire telles remontrances que bon leur semblerait. - C'était déjà inviter, d'une manière indirecte, les Réformés à paraitre à Poissy et, pour leur en inspirer la confiance, on accordait à chacun un sauf-conduit pour l'aller et le retour. De son côté, le Ueulenant-général, Antoine de Navarre, prenait soin d'écrire aux plus célèbres ministres et ceux-ci
* Le Laboureur. Addit. à Castelnau, liv. IIL (Lettre de Catherine à l'évéque de Rennes, 23 août 1561.)
* Journal de Hrularl , juillet 15C1. {Mém. de Condé, L\.)
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nliésitèreiit pas à répondre à cet appel de la royauté Irançaise.
Aussi l)ieu il y avait trop longtemps que la cour de Rome reculait devant la convocation du concile général réclamé par tous les gouvernements; depuis neuf années, sous divers prétextes, elle éludait toutes leurs demandes, s'obstinant à priver l'Europe chrétienne de ce ([ue celle-ci, à tort ou à raison, croyait devoir être le remède à ses divisions. La papauté leur refusant son concours, les peuples devaient songer à mettre eux-mêmes la main à l'œuvre de conciliation dans des synodes nationaux, et plus que tout autre État, la France avait besoin de ramener chez elle la paix et la concorde. Depuis la suspension du concile de Trente, en 155^, plusieurs papes s'étaient succédé au trône de Saint-Pierre, Jules III, Marcel II, Paul IV; le second, plein de bonne volonté, mais arrêté trop tôt par la mort; le troisième, ne voulant à aucun prix du concile et croyant l'inquisition seule capable d'arrêter les progrès delà Réforme.' Pie IV étant à son tour devenu pape, la France avait renouvelé ses instances auprès de la cour de Rome, et les Guises pressaient le roi d'Espagne et l'empereur - de se joindre à eux pour arracher au pape la convocation du concile. Déjà même, ils parlaient (le la nécessité d'un synode national. « Je me délibère.
' Fra Paolo Sarpi. IliM. du concile de Trente, liv. V. passiin, trad. par le Couraycr, éd. 1736.
- Voir dans les AddHio)i"s aux mémoires de Custelnau, liv. II, eh. VIII, les instructions données à Guillaume Bochetel, évêcpie de Rennes, notre ambassadeur en
» écrivait le roi François II à Sébastien de l'Aubes- » pine, évéque de Limoges, son ambassadeur en » Espagne, de chercher allégement de moi-même et » assembler tant de gens de bien que je puisse » mettre en repos la conscience de mes sujets , >> purger ce qu'il y a de mal, établir une bonne ré- » formation des mœurs qui sont dépravées par la » mahce des hommes, et réduire l'état de l'église de » mon royaume en sa pristine splendeur. » * Le pape hésitait toujours sur le concile général, tout en repoussant, comme dangereux pour l'Église, le synode national. - Enfin, cependant, la cour de Rome céda, mais quand il était déjà trop tard, car l'idée d'un concile français avait été approuvée par l'assemblée des notables de Fontainebleau (août 1560), et la réunion des prélats du royaume indiquée pour le 50 janvier de l'année suivante. ^ Rome se montra très-irritée; mais en vain le pape adressa-t-il les plus vives remontrances à notre ambassadeur, en vain la bulle de célébration d'un concile fut- elle publiée le 29 novembre, le gouvernement français tint bon; il accepta, après quelque hésitation, la ville de Trente pour lieu de réunion du concile général, sans renoncer, pour cela, au projet d'une assemblée des prélats de l'Eglise gahicane. Catherine de Médicis, héritière comme régente de son fils aine, François II, la convoqua; mais en y appelant les Réformés, elle
' y(''(/f)ri(ttions sous François II, p. 431. Le roi à revenue de Limoges, 28 juillet loGO.
- /uni., p. 48o. L'évèque au cardinal de Lorraine, août IJiOO.
•' Ibtd., p. ;i94. Le roi aux évéques de France.