CHAPITRE PREMIER
donna à cette réunion un caractère que n'eussent point avoué les Guises.
Quelle était la pensée de Catherine de Médicis, lorsqu'elle assignait ainsi un rendez-vous aux deux religions? C'est ce qu'il est bien difficile de savoir aujourd'hui. On a dit, mais avec peu de fondement, (fue Catherine de 31édicis penchait vers les doctrines des Réformés ; non qu'il faille nier l'influence exercée sur son esprit par des dames protestantes, telles que les duchesses de Savoie et de Montpensier et la vicomtesse d'Uzès. Il paraîtrait même qu'étant dauphine, elle lisait souvent la Bible et la faisait lire à ses serviteurs, si bien que les Réformés crurent un instant pouvoir compter sur elle. ^ lAIais ce ne lurent là que des velléités passagères, et d'ailleurs, toute la conduite de la régente prouve une indifférence absolue en matière de rehgion. -
Le colloque était vivement réclamé par Condé et par l'amiral de Coligny, et Catherine croyait avoir besoin de l'un et de l'autre pour se maintenir. Les ministres calvinistes, ^ réunis en synode à Poitiers (10 mars 15G1), venaient de demander que la régence lui fût retirée et leur exemple avait été presque aussitôt suivi par les États de l'île de France (15 mars 15G1). * Ainsi menacée par les Catholiques et les Réformés, Catherine dut promettre le colloque à
' Baylc. Article Marot. Lcltre d'un seir/neur protestant à Catherine de Mêdùis, 26 août ioo9.
Régnier de La Planche. Estât de France, p. 211.
- On connait son mot quand elle crut la bataille de Dreux perdue : Kli hicn, nous prierons Dieu en français.
■' France protestante de llaa;,% nièces justifie, XV.
^ Négociations sous François, 11, p. 833.
38 COLLOQUE DE POiSSY.
Condé et à Coligny en retour de leur appui; Tamiral, qui n'estimait que très -médiocrement le roi de Navarre, se chargeant même, à ce prix, d'amener les Ktats généraux, qui s'assemblaient à Pontoise, à conférer la régence à la reine-mère.
N'oublions pas, d'ailleurs, que les progrès de la Réforme, vers le milieu de l'année 1561, étaient tels qu'ils semblaient présager une victoire définitive. Chose inévitable dans un pa\s aussi facile que le nôtre aux entraînements, depuis que la persécution avait cessé, une foule de gens s'éprenaient du calvinisme comme d'une nouveauté longtemps défendue ; la croyance, contre laquelle se dressaient naguère les bûchers, était devenue une mode, comme l'attestent et Montluc et Marguerite de Valois dans ses curieux mémoires, et cette mode envahissait jusqu'à la cour. Le propre frère du Roi, le futur Henri III, se faisait remarquer parmi les plus engoués. « Sans cesse, raconte Marguerite, il me crioit de changer de religion, jetant souvent mes Heures dans le feu et me donnant, au lieu, des pseaumes et prières Imguenotes. Lesquelles soudain que je les avais, je les baillois à M"*' Curton ma gouvernante que Dieu m'avait fait la grâce de me conserver catholique; laquelle me menoit souvent chez le bonhomme M. le cardinal de Tournon, qui me conseilloit et fortiiioit à soutenir toutes choses pour maintenir ma religion et me redonnoit des Heures et des chapelets au lieu de ceux qu avoit brûlés mon frère d'Anjou. Et ses autres particuliers amis me les retrouvant, animés de courroux m'injuriaient disant que c'étoit enfance et sottise qui me le faisoit faire; qu'il paraissoit bien que je n'avois point d'eutende-