‹ Le colloque de PoissyChapitre 24 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment ; que tous ceux qui avoient de l'esprit, de quelque âge et sexe qu'ils fussent, oyant prescher la charité, s'étaient retirés de cette bigoterie, mais que je serai aussi sotte que ma gouvernante. » * En présence dun tel développement des opinions nouvelles, leur triomphe paraissant probable, l'idée de se déclarer pour elles put se présenter à l'esprit de la régente et tout à la fois l'espoir que le colloque de Poissy couvrirait de confusion le catholicisme. Les embarras financiers de la royauté étaient extrêmes en ce moment et un changement de religion fût venu à point pour motiver la spoliation du clergé. Mais l'attitude des Catholiques, dès l'ouverture du colloque, troubla Catherine ; elle ne sut point comprendre quelle force le gouvernement eût apportée aux Calvinistes en passant de leur côté et, manquant daudace, ' elle recula devant les premières difficultés. Son esprit, sans profondeur et sans étendue, n'ayant vu que le petit côté du changement de reUgion, elle n'y pouvait d'ailleurs être entraînée par cet irrésistible attrait qu'ont les grandes entreprises pour le vrai pohtique. Alors, sans doute, à l'idée d'une défection vers les Réformés se substitua, dans son esprit, celle de se

* Marguerite de Valois. Mémoires, éd. Panthéon, t. XI, p. 507-508.

^ Ce jugement peut paraître singulier, portant sur une femme qui ne recula pas devant la Saint-Barthélémy. Nous le croyons vrai cependant. La Saint-Barlhélcmy ne fut qu'un lâche complot tramé et exécuté par des lâches; et il y a loin de Catherine de Médicis désavouant, au lendemain de son crime, le crime ordonné par elle, à ce Danton disant des massacres de septembre : « J'ai regardé mon ci'ime en face et je l'ai commis. »

servir du colloque de Poissy pour réconcilier les partis religieux. Préoccupée des périls où leurs luttes exposaient le pouvoir royal, elle souhaita d'abord, avec ardeur, ce rapprochement et y travailla, pendant quelque temps, avec une sincérité dont sa persévérance nous est, cette fois, le sur garant. Si du moins ici encore ses faiblesses et ses incertitudes n'avaient contribué à faire échouer une œuvre dont la réahsation était par elle-même déjà si difficile ! '

La réconciliation, que poursuivait Catherine de Médicis, les Politiques, que groupait autour de lui le chancelier l'Hôpital, l'appelaient de tous leurs vœux. Ce que voulait ce tiers parti, qui naissait alors, des témoignages irrécusables nous l'apprennent. Nous n'avons plus les écrits, à jamais regrettables, où l'amiral de Coligny déposait sa patriotique pensée; * ses assassins ont détruit les nobles pages dont la voix accusatrice eût parlé contre eux plus haut encore que le sang de leur victime. Plus heureux, les écrits de l'Hôpital ont survécu pour rester comme le lumineux commentaire de ses actes pubHcs. Placer le gouvernement en dehors et au-dessus du dogme, et, de cette position si forte, dominer et maîtriser les partis religieux; leur imposer d'abord, leur faire accepter avec le temps et aimer enlin la tolérance, telle était

* Papiers d'État de Granvelle, t. IX, p. 315.

* Une histoire du temps, des obsers ations sur le gouvcrnenient et un journal tenu par raiiiiral de tout ce ({u'il faisait (V. Brantôme).

En 1810, un iiabitant de Ciiàlillon trouva, dans un caM'au muré de l'aiiiicn nianoii' de l'amiral, la correspondance de ce dernier a\cc Catherine de Médicis. Il la jeta, dit-on, au feu pour un motif d'intérêt particulier.

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la politique hardie et déjà toute moderne du chaneelier.- Cette raison supérieure, qui voyait des citoyens dans \es excominunics, dans ceux même qui n'a pparfrnaienlpas au chrislianisme, ' pouvait-elle prévaloir alors ? Trop d'ennemis ne sopposaient-ils pas à son triomphe? Ces ennemis et leur acharnement, - les défauts et la faiblesse du gouvernement, dont lappui devait sitôt lui manquer, l'Hôpital les connaissait mieux que personne; mais, certain de vouloir le bien de l'État, il accepta contre tant d'obstacles et soutint avec énergie une lutte d'autant plus honorable qu'il combattait sans espoir de vaincre. ^ Grand citoyen et honnête homme, égaré au miheu des passions furieuses d'un temps peu fait pour le comprendre, qui

' Discours de l'Hôpital aux Elats de Pontoise, -ib août loCi.

* « Mes ennemis sont tous ceux qui repoussent le » culte du vrai Dieu, la pieté sincère, qui violent les » saints devoirs du sacerdoce, qui ne s'occupent que » de leur intérêt personnel, qui ne cherchent qu'argent > et prolît; entre eux et moi c'est une guerre éternelle, » telle est ma destinée.

» Je ne leur ai opposé d'autres armes que les

» lois et les édits.

» J'aurais mieux fait peut-être de m'acconimoder

» aux circonstances comme tant d'autres qui , plus » avisés, se sont fait une république à leur convenance ;

» mais tel est mon caractère »

{Lettre de l'Hôpital au pape Pie IV, 3" des calendes d'août 1561.)

' Plusieurs pourraient me calomnier comme ils font. Je leur dirai, comme dit un bon évéque qui avait ks cheveux et la barbe blanche comme moi, à quelquesuns qui médisaient de lui, et dit, touchant sa barbe: Cum hœc liqucfacta fuerit, lutum liet, c'est-à-dire: Quand ils auraient changé, ils auraient peut-être pis.

{Discuitrsauj- Étals de I^ontoise, 26 août io6i.)

a pu être brisé par répouvantable conflit de ces passions, mais à qui il n'en restera pas moins, devant l'avenir, la gloire d'avoir arrêté quelque temps la royauté sur cette pente où la faiblesse et la perversité d'une femme allait la faire glisser jusque dans le sang et la honte de la Saint-Barthélémy.

L'idée de la tolérance est lente à se produire au milieu des sociétés soumises à l'influence toute-puissante des reUgions positives. Fruit tardif de la raison, même chez les esprits d'éUte, ' elle naît le plus souvent, parmi les masses, du spectacle de la persécution, courageusement soufferte par les adhérents d'une doctrine nouvelle et de la lassitude qui, à un certain

» Les hommes les plus éclaires de l'époque qui nous occupe sont comme étonnés de leur propre tolérance, quand ils voient les fureurs des autres. Le chancelier de l'Hôpital lui-même disait aux Etats d'Orléans :

« La vérité est telle que si les hommes estoient bons et parfaicts, ils n'en viendroj ent jamais aux armes pour ia religion; mais aussi ne pouvons nier que la religion, bonne ou mauvaise, ne aonne une telle passion" aux hommes que pius grande ne peult estre. C'est folie d'espérer ]3aix, repos et amitié entre les personnes qui

sont de diverse religion Nous l'expérimentons

aujourd'hui et voyons que deux français et anglais, qui sont d'une raesriie religion, ont plus d'alTection et d'amitié entre eux que deux citoyens d'une même ville, subjects à un mesme seigneur, qui seroyent de diverses

religions La division de religion est plus grande et

loingtaine que nulle autre. »

(La Place, liv. IV, p. 83.)

Et le sage Pasquier écrivait, plus tard, à un de ses amis : « Eussiez-vous jamais, dans votre jeunesse, estime voir quelquefois en cette France telle débauche? Que dans une même ville il y eût exercice de deux diverses

{Lettres, liv. IV, I. 12.)

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