CHAPITRE DEUXIÈME
Question des plus importantes alors, puisqu'il s'agissait, peut-être , pour le clergé, d'échapper au péril de la spoliation, et, d'ailleurs, étroitement liée à la question de la Réforme, car les voix menaçantes, qui venaient de réclamer la vente des biens de l'Église, s'inspiraient autant de la Réforme que des théories d'une politique nouvelle.
Quelle était, en 15C1 , la situation financière de la France et d'où venait cette crise qui pouvait devenir dangereuse pour le clergé , s'il ne se hâtait de faire au roi de lariïes concessions? ' La détresse de la
' Le chancelier l'Hôpital, aux États d'Orléans, s'étendit longuement sur la détresse de la royauté nouvelle :
« Le mesnage du roy est en si 'pauvre et si piteux estai, que je ne porrois vous le dire, ne vous rouyr sans larmes et pleurs; car jamais père de quelque estât ou condition qu'il fast, ne laissa orphelin plus engage, plus endebtc , plus empcsché que nostre jeune prince est demeuré par la mort des rois ses père et frère. Tous les frais et despenses de douze ou treize années d'une grande, longue et continuelle guerre sont tombés sur luy; trois grands mariages à payer et autres choses longues à reciter; le domaine, les aides, les greniers à sel et parties des tailles aliénés, etc. »
Un ambassadeiu' -sénilien, J. Michiel (t. I, p. i07), qui affirme n'écrire que d'après des renseignements exacts, complète ainsi ce tableau :
« Les richesses des particuliers ne sont pas moins épuisées, notamment celles des nobles et des paysans. Les nobles ont été obligés de suivre le roi plusieurs années de suite en France et au dehors dans une guerre désastreuse; puis grand nombre d'entre eux qui ont été faits prisonniers, ont payé des rançons excessives, non pas de deux, quatre ou six, mais de dix, vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, cent mille francs, comme le duc de Longueville, et même de deux cent mille, comme le connétable qui, cependant, n'en paya que la moitié, car le reste lui fut remis. En les réunis-
54 COLLOQl E DE POISSY.
royauté aux premiers jours du règne de Charles IX avait pour cause première la constitution même de la société française et la mauvaise assiette des impôts, qui faisait retomber toutes les charges sur le tiers : vice radical et qui ne disparut qu'avec l'ancienne monarchie. Or, les besoins de VÉtat avaient singulièrement grandi depuis soixante ans par suite des guerres d'Italie et surtout de la lutte acharnée de François I contre Charles-Quint; ce n'était qu'au prix d'immenses sacrilices que la France avait pu défendre la liberté de l'Europe et la sienne propre contre le souverain de tant de royaumes, qui disposait des trésors du Nouveau-Monde. Ajoutons que le luxe introduit à la cour par François I et qu'il fil succéder tout d'un coup à la simphcité de son devancier, que les constructions nombreuses de ce monarque, les encouragements prodigués par lui aux arts et aux lettres, devaient entraîner des dépenses considérables, et l'on est effrayé de lire, chez les ambassadeurs vénitiens , qu'à une époque où les revenus de l'État s'élevaient à 5555000 écus, et les dépenses en temps de paix 5110000, ' l'entretien seul de la maison du roi coûtait un million et demi d'écus par an, sans qu'il fut possible, ajoute la relation, de rabattre un hard de cette somme. ' Et cependant,
sant fiisenihie elles auraient suffi à entretenir la guerre pendant une année. Les j)aysans, aceablés de corvées et chare;és d'impôts eonlinuels dans plusieurs prineipales provinces, telles que la Normandie et la Pieardie presque toute entière, furent foreés de quitter leur pays, tant ils se trouvaient misérables. »
' François Giustiniano, \oZ7{Amb.vénit., t. I, p. 195).
- .Marine Cavalli, lliiO (Amb. rénit., t. I, p. 185).