CHAPITRE DEUXIEME
lorsque ces derniers mots s'écrivaient, François 1 avait cinquante-quatre ans; la nécessité de ses affaires lui avait fait restreindre ses prodigalités; les fêtes multipliées et bruyantes n'étaient plus autant de son goût, et il avait renoncé en partie, aux plaisirs auxquels sa jeunesse et son âge mùr ne s'étaient que trop laissé emporter. ' Sous Henri II, nouvelles guerres et nouvelles dépenses ; et ce n'était pas seulement la conquête des Trois-Évêchés , les expéditions en Italie que la France avait à payer, il lui fallait satisfaire toutes ces mains avides sans cesse ouvertes autour du roi et auxquelles ce dernier « homme de peu de sens », comme dit un Vénitien, - ne savait rien refuser. La favorite Diane de Poitiers , l'avare connétable de Montmorency et le maréchal de Saint- André, dont les prodigaUtés égalaient l'incapacité, eurent une large part dans ce pillage des finances; « l'affamée famille » ' des Guises ne s'y épargna pas non plus, et l'on vit un jour Henri II donner à François de Guise, alors comte d'Aumale, toutes les terres vacantes du royaume, Taulorisant à les réclamer du premier occupant, de même qu'à son avènement il avait fait présent à sa maîtresse des sommes payées à la couronne par ceux qui occu-
' Un grand désordre régnait dans les finances sous François 1. A la mort du cliancelier Duprat .lo^ii) le roi lit saisir iOOOOO éeus, fruit des rapines du tou^-puissant ministre. Quelques uiois auparavant, les hi^ritiers de Pex-trésorier des guerres, Spifame, avaient dû également restituer au trésor de l'Ktal 500000 écus d'or.
- .Michel Suriano (Amb. vcnil., t. I, p. 517).
^ Archivusi curieuses de l'hisloire de France, première série, t. V. Bref discours de la bataille de Sainl-Gilies.
56 COLLOQIE DE POISSY.
paient des charges vénales et par les corporations qui voulaient faire renouveler leurs privilèges. * Les mémoires de Vieilleville nous ont laissé un curieux tableau de cette àpreté au gain des courtisans de Henri II, de leur bassesse et des crimes même où les poussait leur brutale passion: - « Il ne leur échappait, » non plus qu'aux hirondelles les mouches, état, » dignité, évèché, abbaye, office ou quelque autre » bon morceau qui ne fût incontinent englouti. Et » avaient pour cet effet, en toutes parts du royaume, » gens apostés et serviteurs gagés, pour leur donner » avis de tout ce qui se mourait, sans épargner les » confiscations pour les demander. Mais bien plus, » ils avaient des médecins à Paris, où tous les grands » de France abordaient, attitrés et comme pension- » naires et qui ne faillaient de leur mander l'issue de » leurs patiens, quand ils étaient d'étoffe; et bien » souvent pour le goût de mille écus ou d'un bénéfice » de mille livres de rente, on les faisoit passer. » Après de tels aveux et ceux de Castelnau, ^ affirmant qu'en moins de douze ans, on avait levé plus d'argent sur les sujets du roi que de quatre-vingts ans auparavant, et que le domaine était presque tout vendu, faut-il s'étonner si, au moment où Henri II périssait sous la lance dcMontgommery, la dette publique avait atteint 38 millions de francs. ' Et Henri II mort, l'on vit un des courtisans gorgés par lui de richesses, arriver au pouvoir sous son faible successeur. Le cardinal
* DeThou, liv. LUI, p. 2i2.
* Mémoires de Vi('ilk'\illc, liv. IL ch. X. ^ Mèm. i\v. Castelnau. liv. HI, ch. II.
* Jean Michiel, 1^61 {Amb. vénit., t. I, p. 407).