CHAPITRE DEUXIÈME
» cause des clameurs et des murmures du peuple, » fit à l'assemblée contre les ecclésiastiques, sur » lesquels il requit qu'on fit tomber les charges de
» la province La crainte d'exciter une sédition
» parmi le peuple empêcha les prélats, les barons et » les autres qui composaient l'assemblée des Étals de w faire arrêter cet avocat. » Un tel aveu est formel; les voix hardies dont parle Gamon, ne se perdaient pas sans écho, et la sympathie des masses était acquise à ceux qui attaquaient le clergé et réclamaient hautement sa spoliation.
Bientôt , en effet , les plaintes et les menaces que nous venons d'entendre, retentirent avec une nouvelle force aux États d'Orléans. La noblesse et le tiers refusèrent de se laisser représenter par l'orateur désigné du clergé, le cardinal de Lorraine, et leurs orateurs, Rochefort et Lange, attaquèrent avec vivacité les abus de l'Église. Le cahier du tiers demandait, en outre, que le clergé se recrutât désormais par l'élection populaire, qu'il remplit ses fonctions mieux qu'il n'avait accoutumé de le faire, et enfin qu'on fit deux parts de ses biens, dont on consacrerait Tune à soulager les pauvres , l'autre à fonder des maisons d'éducation. Mais ce fut aux États de Pontoise (août 15G1), que l'orage gronda terrible sur la tète du clergé, alors que les prélats assemblés à Poissy avaient de leur côté commencé leurs déhbérations. On appela ces derniers à Pontoise le TI août, et dans la même séance où les princes du sang forcèrent les cardinaux de siéger au-dessous d'eux, ' le représen-
• La Place, liv. IV, p. Itl-KJO.
tant du tiers état , Jean Bretagne , vierg d'Autun , censura avec amertume les désordres du clergé , et sa corruption, née de l'excès des richesses, rappela qu'à l'origine ces richesses n'avaient été que confiées au clergé pour en nourrir les pauvres et entretenir les églises, et invita le roi à s'emparer maintenant de ces biens pour subvenir aux besoins de son royaume. Certes, un tel discours était fait pour jeter la terreur dans les rangs du clergé; mais le cahier des députés plébéiens proposait contre lui, avec une précision encore bien autrement effrayante, un système complet de spohation. Le président La Place nous a conservé le résumé de ce cahier, et les idées qu'il contient sont trop importantes pour que nous puissions nous abstenir d'en citer un passage : ' « Un moyen prompt » et facile, disaient les députés du tiers, se présente » pour moyeuner deniers; à sçavoir de vendre le » temporel des gens d'Église mouvant de leurs béné- » fices, sous la réserve toutesfois d'une maison prin- » cipale qui demeurera aux prélats, chapitre et » collège titulaire et autres bénèticiers pour leurs » habitations. Et les deniers provenants de la dite » vente, pour portion suffisante et concurrente estre » employée au dit acquit des dettes; le surplus mis » à protict dont en estrait revenu annuel qui serait » distribué et départy aux dits prélats et bénéficiers « par les eschevins et administrateurs des dites villes,
» lesquels s'y obligeront à ceste lin
n Et au dict cas de vente et subhastalion du temporel » de l'Église, que les dicts bénéficiers et autres du
• La Place, liv. IV, p. liil-133.