CHAPITRE DEUXIÈME. 6Î
clergé fussent préférés en baillant semblable prix que le plus hault et dernier enchérisseur, et après eux les gentilshommes et autres personnes ayans succédé aux fondateurs et donateurs du dict temporel Et
pour informer le roy suffisamment que le dict moyen surpassait tous les autres en proûct et commodité, qu'il venait à noter que le revenu du temporel des Églises revenait pour le moins à 4 miUions de livres, sans toucher à la réserve susdite des dictes maisons. Les dicts 4 milhons et revenu annuel taxé et estimé à la raison du denier trente, la plupart estant en haute justice, revenait en achapt à six \ingt millions de livres. Laquelle somme serait plus facile de trouver d'icelle aliénation que de tous autres biens, pour ce que chascun désire posséder terres et seigneuries , èsquelles il ait juridiction , droit et profit casuel et fortuit , auxquels pourrait avec ce le dict seigneur roy attribuer encore plus noble titre ou jurisdiction pour les rendre plus requises et de plus grand prix Que ceux du clergé n'y ressentiraient aucune perte ni intérêt, car serait pris des dicts six vingt millions 48 milhons pour estre délivrés à profict et intérest, lesquels à raison du denier douze feraient les dicts 4 millions de revenu annuel pour eux. Dont le payement leur serait continué sans intermission par gens solvables et cautionnés, qui apporterait un autre bien public, pour autant de diminution des intérêts qui ont accoutumé à estre pris aux banques et ailleurs par les subjects pour subvenir à leur nécessité. Que
» les dits 48 millions distraicts comme dit est, pour » tenir lieu au dit clergé des 4 millions de livres pour » son intérêt annuel, resteraient pour le roy 75 mil- » lions de livres, dont 45 seroyent employés pour » les dictes debtes, rachapts et relraicts du domaine. » Se Irouveroyent plusieurs créanciers contents de » prendre des héritages du dict clergé pour argent, » en payement ou rachapt de leurs deniers desboursés » au proficl du roi. » ' Qui ne reconnaît ici, sous la vieille langue du seizième siècle, les idées de 89? Il y avait toute une révolution au fond de ces demandes du tiers; si elles étaient accordées, le clergé, perdant avec ses biens la plus grande partie de son influence, cessait d^xisler comme ordre de l'État. Mais l'une des bases de l'ancienne monarchie fut venue à manquer et la ruine du clergé pouvait entraîner pour la royauté elle-même de graves conséquences. C'est ce que sentait vaguement la régente ; aussi recula-telle devant des innovations trop hardies. En eùt-elle, d'ailleurs, clairement entrevu les résultats probables, elle était trop timide et trop peu soucieuse du bien pubHc pour les accepter. Si un instant elle avait songé à une spoliation complète, bientôt son intention parut être moins de ruiner le clergé que de l'effrayer pour l'amener à composition, et grâce aux attaques du tiers à Pontoise, la royauté atteignit entièrement son but.
Le matelot, quand le naufrage devient imminent, jette à la mer une partie de sa cargaison pour sauver
' Voir aussi le cahier des Etats de Pontoise (Bibl. imp., mns 8927).