CHAPITRE DEIXIÈME
le navire: devant l'atlitude menaçante du tiers et la bienveillance douteuse de la royauté, le clergé, en 1561, dut faire quelque chose de semblable. Toutefois, même au moment où la peur l'entraînait à des concessions, il disputa et résista afin de céder le moins possible. C'est ce qui explique comment la question de la subvention, abordée par l'assemblée de Poissy, dès les premiers jours du mois d'août, sur l'invitation du roi, ne se trouva définitivement résolue qu'à la fin d'octobre.
La royauté, cependant, avait hâte de voir le clergé la tirer de ses embarras. Six jours après la séance d'ouverture ' le conseil dépêcha à Poissy le Connétable et M. Dumortier; ils devaient presser les prélats de voter la subvention et les rassurer, en même temps, sur un bruit alors répandu, que la régente avait l'intention, pour acquitter le royaume, de vendre du bien d'Église jusqu'à un million d'écus d'or d'annuel revenu. Était-ce Catherine de Médicis qui faisait courir elle-même ces bruits si alarmants pour le clergé? On pourrait le croire, tant ils servaient bien sa politique. Les prélats, cependant, attendirent encore jusqu'au 28 du mois avant de délibérer sur la subvention, et la régente fut de nouveau forcée de dépêcher vers eux pour les prier de venir au secours du roi. -
Cette fois l'envoyé du gouvernement demandait 25 minions, mais une telle somme parut cxorbitanle au clergé, qui chargea le cardinal de Lorraine de
' Dospencc. Journal (initio).
^ Ibid. Journal, 1" septembre.
porter d'autres propositions à Saint- Germain. Les prélats s'engageaient de remettre le roi, dès le premier jour de janvier prochain, en jouissance de tout le domaine, aides et gabelles aliénés hors de la ville de Paris et dont le revenu annuel montait à 700000 livres, mais à condition d'obtenir six années pour payer les intérêts et racheter le sort principal. Pour le rachat du reste du domaine et le payement des intérêts, le clergé demandait encore dix ans, à commencer de l'expiration des six premières années.
Ces offres nétaient pas acceptables, * attendu que les possesseurs du domaine n'eussent jamais consenti à s'en dessaisir, à moins qu'on ne les remboursât, au préalable, du sort principal fourni par eux et de leurs loyaux coûts, ainsi qu'il était stipulé dans les contrats. Quant à user de force à leur égard, il n'y fallait pas songer, car, sans parler de l'injustice qu'il y avait à se servir d'un semblable moyen, c'eût été aliéner au roi les volontés des sujets et le priver, à l'avenir, du secours qu'en la nécessité de ses affaires il était toujours sûr de trouver chez eux. C'est ce que le conseil du roi tit sentir aux prélats et en même temps, par le moyen du duc de Guise et du Connétable, il entama avec eux, le 11 septembre, une nouvelle négociation, se bornant à demander 15 milhons payables en six années. On permettait même au clergé de faire recevoir lesdites sommes par ses commis, sous la surveillance des officiers royaux, afm de lui donner la certitude qu'elles seraient véritablement appUquées
' Manuscrits de Brienne, n" 146, fol. 192 (Bibl. imp.). Instruction baillée à MM. de Guise et de Montmorency.