‹ Le colloque de PoissyChapitre 39 sur 96 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

et des Protestants. ' Senex decrepitus et inveteratus dierum malorum, disait de lui le journal de Despenec. Pierre Vermili, appelé Martyr, du nom d'un saint auquel ses parents vouèrent son enfance, était né à Florence en 1500. Chanoine régulier de Saint-Auguslin dès l'âge de seize ans, il étudia, avec un grand succès, la théologie, le grec et Ihébrou aux universités de Padoue et de Bologne, et devint bientôt l'un des plus

' Luther ne croyait pas plus que Pierre Martyr aux heureux résultats des colloques (Michelel, Alémoires dfi Lvllicr, t. Il, p. 8, 0, 17).

« Le laiulgravc de liesse, écrit-il le 2 août l.x29, nous » a convoques à ^farbourg pour la Saint-Michel, afin de » tenter un accord entre nous et les sacrement-aires. Je

r> n'en attends rien de bon on a toujours vu de

» pareilles assemblées être plus nuisi]>lcs ([u'utiles. »

Parlant ensuite de ces conférences de Maibourg :

« Ils nous suppliaient de leur donner le nom de frères ;

') Zwingle le demandait au landgrave en pleurant

» i\ous ne leur avons pas accordé ce nom de frères, » mais seulement ce que la charité nous oblige à donner

» même à nos ennemis Ils se sont, en tout point,

* conduits avec une incroyable humilité et douceur. » C'était, comme il est visible aujourd'hui, pour nous » amener à une feinte concorde, pour nous faire les

» j)artisans, les patrons de leurs erreurs » (l" juin

El pourtant il ne s'agissait ici que de dissidences entre les Réformateurs eux-mêmes ! Quant à la réconciliation de la doetrim' <atholique avec celle des Réformés, Luther la ci'oit tout à fait impossible :

tf J'apprends que ^ous a\ez entrepris une œuvre admi- » lable, de mettre d'accord Luther et le i)f»pe. Mais le B pa))e ne le ^ eut pas et Luther s'y refuse : prenez garde > dy perdre votre temps et vos peines. Si vous en » \enez à bout, pour suivre votre exemple, je vous » promets de réconcilier Christ cl Déliai. »

CA Spalatin, 2G août 1530.)

/(3 COLLOQl E DE POISSY.

célèbres prédicateurs de Tltalie. La lecture de Zwingle et de Bucer jeta dans son àme les premiers doutes sur la vérité du catholicisme, et les discours de Jean Valdès, jurisconsulte espagnol, achevèrent sa conversion. A partir de ce jour on le voit, à Rome, prêcher dans des maisons particuUères les doctrines de la Réforme et faire ainsi de nombreux prosélytes; mais ces prédications ne purent rester secrètes, et Pierre Martyr, obligé de s'enfuir de Rome, se rendit à Lucques où il continua à semer pour le protestantisme. Découvert de nouveau, il dut, cette fois, quitter ritahe pour échapper au bûcher. La ville de Strasbourg lui donna un asile contre la persécution et un théâtre pour y déployer ses talents. Il y enseigna avec tant d'éclat que l'Angleterre, en 1547, le demanda aux Strasbourgeois. C'était le moment où l'Angleterre accompUssait sur elle-même cette transformation qui devait la faire passer de l'équivoque religion de Henri VIII au protestantisme pur. Nommé professeur à Oxford, Pierre Martyr lut spectateur de celte révolution, à laquelle il contribua comme l'un des plus utiles auxihaires de l'archevêque Thomas Cramner. Mais le faible et maladif Edouard YI lit bientôt phice à Marie la Sanglante et les novateurs religieux du dernier règne furent dévoués au supplice. Pierre Martyr, fugitif pour la troisième fois, abandonna alors une terre devenue inhospitahère et qui tremblait sous les pieds des Prolestants. Strasbourg le reçut encore dans ses murs ; mais il n'y demeura que peu de temps et vint enfin reposer à Zurich ses errantes destinées. Ce fut à cette ville que le roi de Navarre le demanda et, malgré la fatigue des ans, Pierre Martyr n'hésita

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pas à se mettre en roule pour accomi)lir ee qu il eroyait un devoir. ' Il avait, à celte époque, composé la j)lupart de ses ouvrages, et son Catéchisme, ses Commentaires sur les épîtres de saint Paul, son Dialogue de Tune et de l'autre nature du Christ et. avant tout, ses Lieux communs de théologie et de morale avaient rendu son nom célèbre dans toute l'Europe. La vie sans tache de Pierre Martyr ne donnait point prise à la calomnie; mais ni ses vertus ni la douceur de son caractère n'avaient pu trouver grâce devant ses adversaires, et lui-même nous apprend que, de tous les docteurs protestants envoyés à Poissy, il n'en élait pas un qui fût aussi odieux que lui aux Catholiques. '

Parmi les collègues donnés à Théodore de Bèze et à Pierre Martyr, il s'en trouvait quelques-uns, tels que Jean Mallo, Jean Viret, François de Saint-Paul, Jean Boquin, François Morel, Claude de la Boissière, Jean-Raymond Merlin, Nicolas Tobie et Jean de la Tour, qui, malgré de grands services rendus à la cause du protestantisme, n'ont presque point laissé de trace dans 1 histoire; d'autres ont dû à leurs écrits ou à leur mort tragique d'être mieux connus (le la postérité.

Nicolas des Gallards avait été l'un des premiers ministres de l'Église réformée de Paris , à laquelle Genève le prêta en 1557. Disciple de Farel et i\c

' Lettre de Calvin à 3Lirlyr, 17 août 1501 (Arcliives «le B(M"ne).

Pierre Martyr. Lettre du M septembre 1501 (Bibl. de Berne).

Calvin, il écrivit une apologie du premier et publia du second une série de leçons sur le prophèle Isaïe. Les autres ouvrages de Nicolas des Gallards sont un Commentaire sur TExodc, une édition de Saint- Irénée, et un traité dans lequel il défendait la divinité de Jésus-Christ contre les Ariens. Le renouvellement des opinions d'Arius devait être, en effet, une des conséquences de la Réforme. L'édifice religieux du moyen âge une fois ébranlé par Luther, Zwingle et Calvin, n'était-il pas naturel que d'autres allassent jusqu'à refuser au christianisme tout caractère surnaturel et à nier la divinité de son auteur?

Non moins féconde mais plus agitée devait être la carrière de Jean de l'Espine, qui passait auprès des siens pour un des plus savants docteurs delà Réforme.' D'abord moine et gagné ensuite au Protestantisme par les discours de Rabec et la vue de son supplice, il fut longtemps obligé de se cacher et ne sortit de sa retraite qu'au temps du colloque de Poissy. L'Église de la Rochelle le demanda et l'obtint pour ministre en 15G1. Écrivain moraliste avant tout, de l'Espine composa divers traités sur la tranquillité de Tàme, la justice chrétienne, et dans un autre combattit la crainte de la mort. Sujet éternellement neuf, car « de toutes les terreurs, celle de la mort pèse sur nous le plus lourdement »; mais sujet aussi plus particulièrement propre aux époques de despotisme et de persécution, à celle des Sénèque ou des martyrs de la Réforme, alors que les âmes ont besoin de plus d'encouragements, pour ne point fléchir devant les

' La Place, liv. IV, p. 1^3.

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