CHAPITRE TROISIÈME
menaces des bourreaux ou succomber en face de la torture î Plus d'une fois de TEspine dut s'armer de ce courage contre la mort qu'il recommandait aux autres, mais il échappa à tous les périls, et lorsqu'il mourut, en 1504, il put croire assuré parles victoires de Henri IV le triomphe de cette cause à laquelle il avait dévoué sa vie toute entière.
Un sort moins heureux était réservé à Augustin Marlorat. Comme la plupart des docteurs que nous venons de passer en revue, il avait commencé par être moine avant d'embrasser la Réforme. Réfugié en Suisse, on le trouve successivement à la tète des éghses de Crissier]près de Lausanne et de Vevay. En 15G2, Marlorat devenu ministre de Rouen, tomba au pouvoir des Catholiques lorsqu'ils s'emparèrent de cette ville. Le connétable de Montmorency voulut le voir dans sa prison, et lui reprocha d'avoir été le séducteur du; peuple et l'un des instigateurs de la guerre. « Je ne me suis jamais mêlé des affaires politiques, lui répondit avec fermeté Marlorat ; quant à séduire le peuple, je ne l'ai pu faire, à moins que Dieu ne m'ait séduit moi-même, n'ayant jamais prêché que la pure parole de son Évangile. » Un arrêt du 30 août 15G-2 le condamna à être traîné sur une claie et pendu devant Téglise de Xotre-Dame de Rouen. La sentence fut exécutée et le courage du martyr ne
se démentit pas un instant Mais ne soulevons
pas le voile qui cache encore l'avenir; au moment de parler d'une tentative de pacihcation, oubhons qu'elle devait malheureusement échouer, et, pour quelque temps du moins, détournons noire esprit de ces scènes d'horreur de la guerre civile qui, à trois siècles
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de distance, attristent la pensée de Thistorien , obsèdent son imagination et, malgré lui, viennent sans cesse assombrir son récit!
Les ministres, à peine arrivés à Poissy, adressèrent au roi leur requête pour obtenir d'être entendus de rassemblée des prélats catholiques. Ils suppliaient le roi de présider lui-même le colloque avec la reine sa mère, le roi de Navarre et les princes, afin d'empêcher tout désordre; de ne point permettre que les évêques fussent, dans ce débat, à la fois juges et parties; d'ordonner qu'on résolût toutes les diflicultés par la seule parole de Dieu, en se servant du texte hébreu pour l'Ancien Testament, du grec pour le Nouveau; de faire enfin recueilHr, en forme authentique, par greffiers, tout ce qui de part et d'autre serait déduit, conclu et arrêté au colloque. Les ministres espéraient ainsi convaincre le roi de la bonté de leur cause et obtenir qu'il les défendrait contre l'oppression, et ils terminaient leur supplique par ces mots : « De la part de vos très-humbles et obéissants subjects et fidèles les dopputés des églises de vostre royaume, qui désirent vivre selon la pureté de l'Évangile. » '
Communiquée aux prélats cette requête fut, de leur part, l'objet d'une délibération le 20 août et ils l'eussent rejetée, sans doute, s'ils n'avaient connu l'expresse volonté de la régente. - Se trouvant ainsi dans la nécessité d'accorder les demandes des Protestants, les cardinaux se rendirent à Saint-Germain,
' Mnsc 8674, fol. 138 (Bibl. iinp., fonds Béthune). * Despence. Journal, 26 et 28 août.