CHAPITRE TROISIÈME
le ^8 août, pour informer la reine qu'on ouïrait les ministres. Toutefois le clergé, qui savait combien l'obstination lui avait souvent réussi, voulut tenter une dernière démarche pour empêcher au moins que le roi n'assistât aux conférences entre les deux partis. Le 8 septembre, jour de la nativité de Notre- Dame, les députés de la Faculté de théologie se présentèrent à la cour et le grand-maître de Navarre lit une longue harangue où il se plaignait des persécutions dirigées par les Protestants contre les gens d'église, parlait du danger qu'il y avait à recevoir les sectaires à la dispute, et s'efforçait enfin de dissuader le roi et sa mère d'assister au colloque, de peur que leurs oreilles ne fussent blessées de quelques propositions scandaleuses des hérétiques. ' Tout fut inutile; les députés de la Sorbonne reçurent une réponse qui écartait leurs principales demandes, et on fixa le 0 septembre pour l'ouverture du débat entre les deux religions.
Déjà, avant ce jour, le cardinal de Lorraine et de Bèze s'étaient rencontrés dans la chambre du roi de Navarre et, en présence de la reine, avaient eu une conversation qui fut comme le prélude de la discussion publique. ■ Les premiers mots qu'échangèrent ces anciens ennemis, qui s'abordaient pour se réconcilier, ressemblaient encore beaucoup à un acte d'hostilité. S'adressant à de Bèze, le cardinal l'exhorta à travailler à la paix de la France autant qu'il s'était,
' Despenc'c. JournoL 9 scplenibre.
- Musc Saint-Germain, n' i'il), vol. Il, fol. li (Bibl. imp.). La Place, liv. VI, p. 155-157.
jusque-là, efforcé d'y jeter le trouble; de quoi le ministre se défendit vivement, répliquant qu'il n'en avait jamais eu ni le pouvoir ni l'intention , comme ses écrits étaient là pour en porter témoignage. Après quelques mots adressés par la reine au ministre sur ses ouvrages , le cardinal revenant à lui : « N'avezvous pas, dit-il, avancé dans un de vos livres cette singulière opinion que Jésus-Christ est maintenant en la Gène, tout ainsi qu'il Tétait avant son incarnation et sa venue parmi nous? On vous accuse, en outre, d'avoir osé écrire que Jésus-Christ ne doit pas plus être cherché dans la Cène que dans un bourbier, in cœnâ lit in cœno. » De Bèzc justifia facilement la première proposition en la replaçant dans le passage auquel on l'empruntait et où elle recevait son explication toute naturelle dans tout ce qui précédait et suivait. Le cardinal, se rangeant à l'avis du ministre, ajouta même, comme confirmation, la parole de l'Apocalypse : « L'agneau a été immolé dès la création du monde. » Quant à la seconde proposition, qui lui était attribuée, de Bèze la repoussait avec vivacité comme un méchant blasphème dont ni lui ni aucun des Réformés n'avaient pu se rendre coupable. Sur les manières de parler sacramentelles, les deux théologiens ne parurent pas non plus fort éloignes de s'entendre, encore que de Bèze eut franchement avoué combien sur la question de la Cène la doctrine des Réformés et celle des Catholiques s'écartaient l'une de l'autre.
On pouvait donc s'applaudir de l'issue de cette première entrevue, surtout en entendant le cardinal inviter de Bèze à venir le voir, afin de conférer de