CHAPITRE TROISIÈME
nouveau et d'aviser avec lui aux moyens de rendre possible un accord enlre les Catholiques et les Protestants. Le lendemain, cependant, le bruit courut à Saint-Germain, et de là passa aux pays étrangers, que dans la discussion de Bèze avait été vaincu et réduit au silence par le cardinal. Faut-il accuser la vanité du prélat d'avoir répandu ce bruit, ou quelques hommes malveillants voulaient-ils, en mettant en jeu l'amour-propre des partis, faire manquer la reconciliation à laquelle on travaillait ? Le cardinal avait aussi, à plusieurs reprises, déclaré à de Bèze que la différence d'opinion sur la transsubstantiation ne devait pas être une cause de division entre les Catholiques et les Réformés; qu'à son avis la transsubstantiation se pouvait défendre, mais que les théologiens auraient pu aisément s'en passer. Pourquoi donc alors, s'il désirait sincèrement un rapprochement, avoir, pendant toute la durée du colloque de Poissy, porté toujours la discussion sur ce terrain de la Cène, où il savait que les deux partis ne pouvaient se réunir? Enlin, le 9 septembre, ce jour si vivement attendu par les uns, tant redouté des autres, arriva. L'assemblée des prélats eut heu le matin, comme à l'ordinaire, et d'après l'avis du cardinal de Lorraine, on y régla l'ordre dans lequel chacun siégerait, l'après-diner, quand le roi viendrait à Poissy: les cardinaux, les archevêques et les évéques devaient occuper les bancs de droite, le reste du clergé ceux de gauche. ' A une heure le roi arriva au couvent de Poissy avec la reine sa mère, le duc d'Orléans son
' Despcnce. Journal^ 9 septembre.
frère, sa sœur, le roi de Navarre, les princes du sang et un grand nombre de seigneurs et dames de la cour, et après lui entrèrent en la salle de rassemblée les ministres protestants, accompagnes de plusieurs députés des églises de France : Barbanson pour Picardie, Simon de Prénéau pour Normandie, La Roche pour rîle de France, Gervais le Barbier pour Touraine, Dumas pour Provence, Jean Habct pour Dauphiné, Grégoire de Salve pour Languedoc, Dubois pour Bretagne, Blereau pour Guyenne, Gervais pour Lyonnais, Remous pour Blois et Orléans. Quelques gentilshommes de la rehgion s'étaient joints à ces députés et l'un d'eux, M. de Monneville de Normandie, porta la parole le premier et pria le roi de donner congé aux ministres d'exposer leur doctrine. '
La permission accordée, Théodore de Bèze, que ses collègues avaient choisi pour orateur, se mit à genoux avec les autres ministres en dehors de l'en-
' Tous ces noms, empruntés par nous au journal de Despencc, ne sont pas les mêmes ni écrits de la mènie manière dans les différentes relations (jui existent du eolloquc de Poissy. Le manuscrit 10331 de la bibliothèque impériale donne la liste sui\ante des députés: Le sieur de Cbamon pour l'église de Frantc, Jean Raguier, sieur d'Lsternay, Barbanson, sieur de Cany pour Picardie, Simon de Pienne pour Normandie, Gervais le Barbier pour Touraine, Dalmais pour Provence, Jean Gaber j)our Dauphiné, Sieur de llauzet pour Normandie, Du Vaays pour Bretagne, Claireau pour Guyenne , Baynard pour Lyonnais , Remond pour Oi'léans et Berry.
Le volume 309 de la eollection Dupuy (Bibl. imp.) et un aulie manuscrit, qui figure parmi ceux de Bongars à la bibliotfièque de Herne, reproduisent cette liste avec deux variantes : Chaumon pour Cbamon et Barnand pour Baynard.