‹ Le colloque de PoissyChapitre 43 sur 96 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ceinte réservée à l'assemblée et fit, à la mode de Genève, une assez longue prière avant de commencer son discours. Dans sa harangue ' il remerciait d'abord le roi d'avoir voulu entendre ses sujets réformés et il priai! également les prélats de les recevoir bénignement à cette conférence, malgré leur petitesse et leur peu de valeur. Des ennemis pleins de malice et cherchant un prétexte à les persécuter, ont seuls pu les traiter de gens séditieux et turbulents; amender l'Eglise de Dieu, la rétablir en son premier état est leur unique désir, et personne ne se réjouirait plus qu'eux de la voir pure et florissante comme à Torigine. Aussi bien que les Catholiques, ils confessent un seul Dieu en une même essence et une sainte Église universelle, qui est la communauté des saints et hors de laquelle il n'y a point de salut. S'ils expliquent autrement que les Catholiques certains articles de foi, c'est que longtemps on a altéré la vraie doctrine de l'Église, ajoutant articles sur articles, comme si la religion chrétienne était un édifice qui ne lût jamais achevé. Pour eux, leur but a toujours été de séparer l'œuvre de Dieu de l'œuvre dos hommes, et ils n'en ont jamais poursuivi d'autre, ils croient donc que nous n'avons titre au paradis que la passion et la mort de Jésus-Christ ; qu'en lui seul nous sommes complets et pouvons trouver notre salut, car autrement eùt-il porté les noms de Jésus, de Messie et de Christ? qu'il faut s'attacher à la parole de Jésus- Christ, telle que nous l'ont transmise les prophètes

' Mémoires de Condé, t. Il, p. 490, etc., discours des actes de Poissy. La Place, liv. Vl, p. 16-2.

et les apôtres; que, par la foi, Jésus-Christ avec tous ses biens nous est applique ; mais qu'on ne doit pas plus séparer la foi de la charité que la chaleur et la lumière ne sont séparées du feu. De Béze ajoutait: « Pour nous, il n'y a de franc arbitre en iliomme que celui qui est affranchi par la grâce de Jésus- Christ, ni de règle de justice en dehors des commandements, auxquels il ne faut ni ajouter ni retrancher; les œuvres sont bonnes lorsqu'elles procèdent de l'esprit de Dieu opérant en notre âme ; nous estimons la vie éternelle un don gratuit de Dieu et non une récompense due à nos mérites ; entin nous ne recevons pour parole de Dieu que l'Ancien et le Nouveau Testament ; quant aux écrits des anciens docteurs on peut s'en aider, lorsque ce qu'ils disent est fondé sur l'exprès témoignage de l'Écriture, mais avant tout il faut les accorder avec l'Écriture et avec eux-mêmes. »

Cette première partie du discours de Théodore de Bèze fut écoulée en silence ; il y exposait des idées dont quelques-unes avaient été déjà émises par le chancelier lui-même, lorsque s'adressant aux prélats il leur disait à la séance d'ouverture du dernier juillet « qu'ils réussiraient à guérir le mal qui tour- » mentait la France, en laissant de côté toutes sub-

* tilités et curieuses disputes, à l'exemple de ce » bonhomme qui, par sa simplicité, amenda Terreur » de plusieurs grands philosophes assistant au

» concile de Nicée Qu'il n'était pas besoin de

» beaucoup de livres, mais de bien entendre la » parole de Dieu et de s'y conformer le plus qu'on

• pourra Que rassemblée ne devait pas estimer

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