CHAPITRE TROISIÈME
» ennemis ceux qu'on dit de la nouvelle religion et » qui sont chrétiens et baptises, mais les chercher )> et rechercher et les recevoir en toute douceur, » sans user contre eux d'aigreur et d'opiniâtreté. » ' Et l'on put remarquer que les prélats avaient accueilh avec moins de désapprobation les paroles du ministre réformé que celles du chancelier.
De Bèze passa ensuite à la seconde partie de sa harangue et dit: Que les sacrements sont des signes visibles, moyennant lesquels nous sommes véritablement et non pas seulement par figure unie avec Jésus-Christ, la vertu du Saint-Esprit ratifiant cette union; que si aux sacrements un changement céleste et surnaturel intervient, ce changement dans la Cène ne se fait pas en la substance des signes, mais en l'usage et à la fin pour laquelle ils sont ordonnés et qu'il se fait par la seule puissance de celui qui a institué le sacrement; que le pain que nous rompons dans la Cène est la communication du vrai corps de Jésus-Christ, et que la coupe dont nous buvons est la communion du vrai sang qui a été répandu pour nous; que la transsubstantiation est directement contraire à la nature des sacrements et renverse la vérité de la nature humaine de Jésus-Christ et de son ascension; d'autre part, la consubstantiation n'a nul fondement dans les paroles de Jésus-Christ, et n'est point nécessaire pour que nous participions du fruit de ses sacrements; que pour cela ils ne rendent pas Jésus-Christ absent de la Cène, bien qu il soit, quant
' Mémoires de Condé, t. II, p. 490, etc., discours des actes de Poissy.
à la distance des lieux, autant éloigné du pain et du vin que le plus haut ciel l'est de la terre....
A ces mots un violent murmure de désapprobation courut sur tous les bancs de rassemblée ; exortus est bonorum paenè omnium sihiliis, dit le journal de Despence. Le cardinal de Tournon se leva et s'adressant au roi et à la reine : « Avez-vous entendu, leur dit-il, ce blasphème? » Puis il ajouta que c'était contre leur conscience et pour obéir à l'exprès commandement du roi que les prélats avaient consenti à recevoir à la dispute les nouveaux évangélistes et que, sans le respect qu'ils devaient à Sa Majesté, il se seraient tous levés et n'eussent point souffert qu'il fut passé outre. '
' Despence, Journal, 9 septembre. — Catherine de Médicis a l'évéque de Rennes, 14 septembre 4oCl {Additions aux mémoires de Castelnau, liv. III, ch. IV).
Suivant le curé Haton, dont le récit diffère de celui des autres relations, le cardinal de Tournon ouvrit la séance du 9 septembre par un discours des plus vifs. Nous rapportons ici l'analyse de ce discours, et parce qu'il est assez curieux en lui-même et à cause des observations qu'y ajoute Ilaton : « Le cardinal de Tournon fcit la harangue fort proprement, élégamment et bien à propos, sur Timportunité à eux faite par les gouverneurs, sur l'autorité du jeune roi et sur la licence baillée aux prédicans. Ceux-ci furent de lui appelés les renards et bestes sauvages qui avaient rompu la liaye qui bouchait la \igne du père de famille, <iui est l'Eglise de Dieu. Et adressant sa parole aux p^ouverneurs et aux princes, fauteurs des dits prédieanls, il les appela médians messiers ou pour mieux dire méchante baye et clôture, ayant fait place et ouveiture aux dits renards et loups pour entrer en icclle vigne et dévorer les fruits d'icelles qui sont les saintes prières des saints et les sept sacremcnls; il déclara que les renards ayant poussé «outre la baye, du premier coup l'ont rompue par tous