CHAPITRE TROISIÈME
pour réfuter de Bèze, ce qu'il accepta en demandant aux prélats et aux théologiens de l'aider de leurs lumières. Il fut décidé que la réponse des Catholiques porterait sur les quatre points suivants : 1'' de l'Église et de son autorité ; ^^ comment le concile représente l'Église entière qui comprend les élus et les non élus; 3" de l'autorité des saintes Écritures ; 4'^ delà présence réelle et substantielle du corps et du sang de Jésus- Christ dans l'eucharistie. On convint aussi de ne pas accepter le roi pour juge dans les matières de la foi, et sur l'avis du cardinal de Bourbon, les prélats résolurent de déclarer au roi que la compagnie toute entière était prête à exposer sa vie pour soutenir la vérité des articles contenus en la réponse de Monseigneur de Lorraine. Quelques-uns auraient même voulu que, sans les combattre, on présentât aux Protestants une confession à signer, et que s'ils refusaient d'y adhérer, on rompit le colloque; mais ce parti violent ne l'avait pas emporté, et une seconde séance publique eut lieu le 16 septembre. '
Avant dy paraître, Théodore de Bèze crut nécessaire d'atténuer le mauvais effet que certains passages de son dernier discours pouvaient avoir produit sur l'esprit de la reine-mère, et dans la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet, il s'efforçait, en citant les paroles de plusieurs pères de l'Église et docteurs célèbres, de la gagner au sentiment des Réformés sur la sainte Cène. - Cette lettre de Théodore de Bèze ne fut pas une précaution inutile; en témoignant ainsi de leur
' La Place, liv. VI, p. 170.
' Ibid., liv. VI, p. 1C8-1G9.
bonne volonté et de leur désir de ne blesser personne, les Réformés y gagnèrent peut-être la continuation du colloque, dont tant de voix réclamaient déjà la rupture.
Le jour de la seconde séance arrivé, le roi, comme précédemment, se transporta avec la cour à Poissy et ses gardes y escortèrent les ministres réformés. Ces derniers avaient hésité à amener avec eux Pierre Martyr le Florentin, parce qu'ils nignoraient pas que sa vue était odieuse aux cardinaux et aux évèques ; mais au moment du départ, la reine-mère l'avait mandé et un officier de confiance du prince de Condé fut chargé de le conduire à Poissy. Le duc de Guise l'introduisit dans la salle de l'assemblée où Pierre Martyr vit les prélats déjà réunis , mais ne trouva encore ni le roi, ni sa mère, ni les ministres réformés. Jeté ainsi au milieu d'une foule qu'il savait n'être composée que d'ennemis, le vieillard se retira dans un coin de la salle et y fut bientôt rejoint par le cardinal de Chàlillon et deux évêques quil ne connaissait point, probablement MM. de Valence et de Séez. Ils lui demandèrent s'il était Pierre Martyr, et sur son affirmation, l'assurèrent de leur amitié, ajoutant que sa venue avait été fortement désirée par tous les gens de bien. Les deux évêques l'exhortèrent vivement à travailler à la conciliation des partis et il leur promit d'y employer toute son influence, pourvu qu'on ne demandât aux Réformés rien qui fût contraire à la vérité de l'Évangile. ' Le roi à ce moment venait
' Lettre de Pierre Martyr, 19 septembre 1561 (Bibl. de Berne).