CHAPITRE TROISIÈME
d'entrer dans la salle; chacun ayant alors pris sa place, le cardinal de Lorraine se leva et prononça son discours tel que Tont imprimé depuis, les Catholiques et les Réformés. '
Il s'étendit d'abord sur l'obéissance que les sujets doivent à leur souverain, précaution indispensable pour arriver à la doctrine qu'il voulait étabhr, à savoir que le roi ne peut être juge dans les matières spirituelles, qu'il nest qu'un membre de l'Église et non son chef, et que pour les choses de la foi, il est comme le reste des fidèles justiciable des évêques. Parlant ensuite de l'Église universelle, le Cardinal dit quelle ne comprenait pas seulement les élus, car alors elle serait invisible et nous-mêmes pourrions douter de son existence ; mais les pécheurs aussi en font partie; la paille se trouvant mêlée au bon grain dans l'aire du Seigneur. Sans doute, comme le veulent les Protestants, il faut, dans les controverses de la foi, s'en rapporter au témoignage de l'Écriture; mais qui expliquera cette dernière et prononcera sur le sens de ses paroles là où elles permettent le doute? Il est donc nécessaire qu'il y ait un juge, et ce juge c'est l'Église universelle, qui a précédé les Écritures. Elle exprime ses décisions par les conciles généraux institués de Dieu même, et ne saurait errer ni pour le dogme ni pour la discipline; ne point reconnaître son autorité, c'est sexposer à tomber dans les plus graves erreurs. Quand il en vint aux sacrements, le Cardinal chercha à prouver que dès que l'on s'écar-
' Mémoires de Condé, t. II, p. 490, etc., discours des actes de Poissy.
tait de rinlerprétation de TÉglise, le sacrement de 1 autel, institué par Jésus-Christ, pour unir les hommes, devenait une source d'interminables disputes. L'Église enseigne que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont présents dans l'eucharistie, qu'en ce sacrement Jésus -Christ se communique à nous par vraie communication et participation, el nous donne tous ses trésors avec son humanité et sa divinité. Un tel mystère, notre entendement ne saurait le comprendre; mais ici la raison est superflue et la foi seule nécessaire. Voilà ce que les Réformée doivent admettre s'ils veulent qu'un accommodement soit possible entre eux et les Catholiques. Le Cardinal ne parla ni de la messe ni de la transsubstantiation, et les docteurs luthériens de la confession d'Augsbourg eussent, comme lui, expliqué la présence de Jésus-Christ dans la Cène. Il termina en supphant le roi et sa mère de ne point abandonner les croyances dans lesquelles ils étaient nés et (jui furent celles des rois leurs aïeux. Le discours du Cardinal avait duré une heure et demie et la foule des auditeurs, dit le journal de Despence, était si grande en la salle qu'on ne pouvait se tourner. La prieure même de Poissy assistait du lieu élevé d'où on ht la Bible et les autres religieuses se tenaient aux treillis faits pour elles ou aux verrières sur les côtés de l'église. '
Théodore de Bèze demanda à répondre sur-lechamp; mais les prélats se levèrent, entourèrent le trône du roi et le cardinal de Tournon lui remontra que les dévoyés de la rehgion devaient, avant tout,
' Despence. Journal, 16 septembre.