CHAPITRE TROISIEME, \) I
adhérer aux doctrines exposées par M. de Lorraine s'ils voulaient être de nouveau entendus par rassemblée; autrement qu'il leur fallait refuser toute audience et les chasser du royaume. Cette opposition des prélats, concertée d'avance, on peut le croire, triompha du bon vouloir de la régente ; elle céda et, sans leur assigner de jour, lit dire aux Réformés qu'on renvoyait à un autre temps la continuation du colloque. '
Si le cardinal de Lorraine n'avait point satisfait les Réformés, du moins il s'était interdit les injures et, de l'aveu même de ses adversaires, son discours pouvait passer pour modéré. - De retour à Saint- Germain, de Bèze et Pierre Martyr furent mandés par le prince de Condé et l'amiral de Coligny, qui leur parlèrent de la harangue du Cardinal, dont la modération les avait surpris, approuvant surtout qu'il n'eût rien dit de la messe ni de la transsubstantiation et exhortant les ministres à s'exprimer, de leur côté, sur ce discours, avec une prudente réserve, lorsque la reine les ferait venir auprès d'elle. Us en reçurent elîcctivement l'ordre dès le lendemain soir, et la régente emmena à l'écart Pierre Martyr pour s'entretenir seule avec lui. Après avoir demandé au vieillard quelques explications sur certaines paroles prononcées par lui à leur première entrevue, elle
' Lellro de. Pierre Martyr, 11) septembre iaOl (Bibl. de Berne). Mnnnires ds Coudé, t. II, p. 490, cte., discours des actes de Poissy.
^ Lettre (le Théodore de Rèze, 17 septembre (An h. de Herne). Lettre de Pierre Mai tyr, 19 septembre (Bibl. de Berne).
l'interrogea sur ce qu'il pensait du discours du cardinal de Lorraine. « Je lestime éloquent, répondit Pierre Martyr, et crois qu'il renferme des choses vraies que les Réformés, d'ailleurs, admettent avec les Catholiques. Comme ces derniers nous voulons que l'on obéisse aux magistrats et nous accordons que l'Église comprend les mauvais comme les bons, voire même que les mauvais y peuvent être revêtus du saint ministère. L'Église, d'après notre doctrine, n'est pas une société invisible, mais nous contestons que son autorité soit supérieure à la parole de Dieu. Pour ce qui regarde l'eucharistie, M. le cardinal de Lorraine s'est écarté beaucoup du sentiment des Réformés et aussi de la vérité ; mais peut-être en conférant avec nous relàchera-t-il quelque chose de son opinion. » Pierre Martyr conservait peu d'espoir à cet égard et, s'il parlait ainsi, c'était pour obtenir qu'on donnât suite au colloque. La reine lui ayant demandé si, outre les moyens déjà proposés par lui, il n'en connaissait pas quelque autre pour amener les partis à la concorde : « Ce serait , dit Pierre Martyr, de réserver l'article de l'eucharistie, dans le cas où on ne pourrait s'entendre, et de permettre à chacun de croire et de prêcher la doctrine qu'il jugerait conforme à la parole de Dieu. La diversité de croyance ne doit pas faire oublier ici à des chrétiens la charité fraternelle et les pousser à se flétrir réciproquement du nom injurieux d'hérétiques. » La reine approuva vivement ce discours et le ministre continua : « Ce qui empêche le clergé catholique de reconnaître la vérité, c'est qu'il craint de perdre, en y adhérant, ses biens et sa puissance. Que Votre