‹ Le colloque de PoissyChapitre 49 sur 96 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Majesté leur garantisse la possession de leur temporel et, dès qu'ils se seront rassurés, on les verra devenir plus traitables. » La reine déclara encore au vieillard qu'elle goûtait fort cet avis ; puis elle se rapprocha du feu où le roi de Navarre, le prince de Condé et l'amiral se tenaient avec Théodore de Béze et, avant de congédier les deux ministres, elle les exhorta de nouveau à travailler à l'accord des Réformés et des Catholiques. ' Nous avons insisté sur ces détails, jusqu'à présent ignorés de tous les historiens, parce qu'ils nous semblent jeter un grand jour sur les intentions de la régente. On a souvent mis en doute la sincérité de Catherine de Médicis lorsqu'elle faisait tenir le colloque de Poissy : Catherine était sincère ; cette entrevue, que nous venons de raconter, les efforts qu'on lui voit tenter contre l'obstination des esprits le prouvent assez ; elle voulait sincèrement la réconciliation des partis religieux et, si cette réconciliation ne put avoir lieu, ce n'est pas elle seule que l'histoire doit en accuser.

Le cardinal de Ferrare, - oncle de la duchesse de Guise, arrivait alors en France comme légat du pape et, venu trop tard pour prévenir le colloque, il se mit aussitôt à l'œuvre pour empêcher du moins qu'il n'eût quelque résultat. Les Vénitiens, ' qui se connaissaient en gens habiles, ont vanté son adresse politique, et tous les actes de son ambassade de France montrent qu'ils ne se sont point trompés. Ce cardinal avait été

' Lettre de Pierre Martvr> 10 septembre 1501 (Bibl. de Berne).

' La Place, liv. I, p. 153.

^ Mare-Antoine lJat^»i»fo. l^OO'^l;^^. vénit., t. Il, p. S5)..

d'abord assez mal reçu même à la cour ; le parlement refusa d'enregistrer ses lettres de créance et le chancelier de signer ses provisions, tandis que les pages, dans la rue, criaient au renard à la vue de son porte-croix. Mais rien ne le rebuta et, parvenu bientôt à s'insinuer dans l'esprit de la régente, il rendit à la cause catholique des services que son parti n'a pas toujours su comprendre ni apprécier. ' Les Réformés, voyant qu'il amenait avec lui quelques docteurs qui passaient pour savants, entre autres Sadolet, évéque de Carpentras, et un prélat grec, pensèrent qu'ils auraient à lutter contre de nouveaux adversaires et écrivirent, dans ce sens, à leurs églises ; ^ mais le légat crut meilleur d'agir par d'autres voies. ^

• Papiers d'Etat de Granvelle, t. VI, p. 398 et 443. Vargas à Philippe II, 7 novembre laGl. Vargas à Grau- \elle, 13 novembre loCi.

- Lettre de Pierre Martyr, 19 septembre 1561 (Bibl. de Berne).

* Voici ce que dit de lui Hubert Languel {Arcana sœculi AVI, lit). II, ep. uO, :20 sept. IjOI) :

1 Venit in aulam cardinalis ferraricnsis legatus pul- » chrè simulans sanclimoniam. Sed istis artibus nemo > jam capitur el praesertim ab islo liomine qui hic est a nolissimus el hactenus luxu el splendore vietus et » aliis ejusmodi nugis summos etiam principes supe- » ravit et quem nemo ignorai esse omninù lillerarum » iniperilum. »

El ailleurs (lib. II, ep. 62) :

« Cardinalis ferraricnsis tandem impelravit ut. sibi » licerel fungi suà legalionc et id (juidem per eos qui » nosli'œ religioni maxime sunt addicli. Credo hoe idcô » faelum, ul eà ralione concitelur odium pontiliei apud » noslros episeopos, qui hoe îeu:errimè ferunt, eô quod

» ipsorum eoinmodis inullum di>lraliat Cancellarius

» perlinacissimè reslilil el dixit in eà rc fieri summam * iiijuriam régi pucro acTCgni (iallici jura et majes-

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