CHAPITRE QUATRIÈME
observances qui distinguent et maintiennent les autres ordres religieux, celle Société, à laquelle ont été accordées tant d'immunités touchant radminislralion de la pénitence et de l'eucharistie, la prédication, l'enseignement, au préjudice des évèques, du clergé, de l'Université et même des princes et seigneurs temporels, cette Société, qui tend à l'oppression et à la vexation du peuple, nous parait contraire à l'honneur de la profession monastique, semble énerver l'exercice public, honnête, pieux et nécessaire des vertus, des abstinences, des aumônes et des austérités. Elle donne occasion d'enfreindre les vœux, de se soustraire à l'obéissance due aux évèques et prive injustement de leurs droits les seigneurs, tant ecclésiastiques que séculiers. Elle ne peut qu'introduire des troubles et des dissensions dans l'un et l'autre de ces deux états et causer des plaintes, des disputes, des jalousies et des schismes. Toutes ces choses, diligemment considérées, la sacrée faculté de théologie estimait la nouvelle Société extrêmement dangereuse pour la religion, ennemie de la paix de l'Église, funeste à l'état monastique et tendant plutôt à la destruction qu'à rédilication. »
Les Jésuites furent saisis d'étonncmcnt à la vue de cette délibération de la Sorbonne; ceux de Paris osèrent, toutefois, braver Eustache du Bellay qui les avait interdits de toutes fondions et se retirèrent dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés , lieu exempt de la juridiction de l'évêque et d'où le prieur de l'abbaye refusa de les chasser. A Rome, les principaux de l'ordre étaient d'avis qu'il fallait répondre au décret de la Sorbonne: Ignace s'y opposa. Ré-
pondre, disait-il, c'était envenimer la querelle. Il est des circonstances où il vaut mieux se taire que de parler ; qu est-il d'ailleurs besoin d'apologie , quand on a la vérité pour soi? L'autorité des théologiens de Paris était grande, sans doute; il fallait respecter leur jugement , mais ne pas s'en laisser abattre. Tôt ou tard, la vérité se fera jour ; Dieu lui-même, combat pour les Jésuites : leur cause est la sienne , elle triomphera. » ' Le général autorisait néanmoins la Compagnie à se faire donner dans tous les pays où elle était déjà reçue, des certificats portant témoignage de l'estime dont jouissait la Société et des services qu'elle rendait à l'Église. Quelque temps après, le cardinal de Lorraine étant venu à Rome avec plusieurs docteurs de la Sorbonne , Laynès , Olavius , Plancus et Frusius examinèrent et réfutèrent devant lui la délibération de la Sorbonne, et le Cardinal leur donna raison. Cette réfutation fut publiée dans la suite sous le nom dOlavius. -
Lorsque, sur ces entrefaites, la famille des Guises arriva au pouvoir sous le jeune François II, les Jésuites crurent leur victoire certaine. Ils obtinrent en effet nouvelles lettres patentes du roi : la reinemère, le duc de Guise, les cardinaux de Lorraine, de Tournon, d'Armagnac, écrivirent pour eux au parlement. Celui-ci tenait toujours ferme et, pour gagner du temps, renvoyait une seconde fois l'affaire à l'évèque de Paris. Les curés de la capitale, consultés par ce dernier, se prononcèrent contre l'admission
' Sacchini, XV, n" 13.
-' Ibiil, XV. n° m-m.