CHAPITRE QUATRIEME
des Jésuites. Les Guises, peu accoulumés à respecter même les résistances les plus légitimes, allaient sans doute passer outre, quand la mort du petit roi les fit tomber du ministère.
Il fallait donc encore attendre; mais les Jésuites avaient, dès lors, appris à ne jamais se décourageiet leur obstination devait lasser celle de leurs adversaires. L'ordre put s'applaudir bientôt de sa persévérance, lorsqu'ayant renouvelé sa tentative la première année du règne de Charles LX, il vit le parlement fatigué renvoyer toute cette affaire au jugement des prélats de l'Église gallicane, alors réunis à Poissy. Les Jésuites avaient enfin vaincu ; leur admission n'était plus douteuse, vu la composition de cette assemblée et les sentiments qui l'animaient : la majorité des prélats haïssait trop les Réformés pour ne pas accueillir avec faveur leurs plus implacables ennemis. La réception des Jésuites fut en effet prononcée le 15 septembre 1561, à de certaines conditions, il est vrai, proposées par l'évéque de Paris, mais que l'ordre ne tarda pas à éluder. '
« L'assemblée, suivant le renvoi de la cour du parlement de Paris, a reçu et reçoit, a approuvé et approuve ladite Société et Compagnie par forme de société et collège, et non de religion nouvellement instituée, à la charge qu'ils seront tenus de prendre un autre titre que celui de Société de Jésus ou de Jésuites et que , sur icelle dite Société et collège , l'évéque cUocésain aura toute superintendance, juridiction et correction, de chasser et ôter de la dite
' Mémoires du clergé, t. IV, p. ;j9a (éd. 1768 .
Compagnie les forfaiteurs et malvivans. N'enlreprendrout les frères d'icelle Compagnie et ne feront au spirituel et au temporel aucune chose au préjudice des évéques, chapitres, curés, paroisses et universités, ni des autres religions, ains seront tenus de se conformer entièrement à la disposition du droit commun, sans qu'ils aient droit ni juridiction aucune, et renonçant au préalable et par exprès à tous privilèges portés par leurs bulles aux choses susdites contraires , autrement à faute de ce ou que par l'avenir ils en obtiennent d'autres, les présentes demeureront nulles et de nul effet et vertu, sauf le droit de la dite assemblée et l'autrui en toutes choses. » Inutiles précautions et à refficacité desquelles l'assemblée elle-même pouvait difficilement croire î Une fois reçu, l'ordre saura se rendre trop nécessaire au parti catholique, il se montrera trop habile pour ne pas faire bientôt oublier ces conditions que lui imposait alors la prudence ou la jalousie des évéques et si, plus tard, quelques voix hostiles rappelleront de temps en temps le pacte transgressé, ces voix se perdront sans écho dans la foule et toute protestation, pendant des siècles, demeurera impuissante devant le fait accompli !
Les Jésuites avaient hâte de s'acquitter envers les prélats, et la part prise par Laynès aux conférences particulières qui suivirent le colloque public de Poissy, fut comme un premier gage éclatant donné par la Compagnie au parti catholique. Camarade détudes de Loyola et, avec lui, un des fondateurs et un des organisateurs de l'ordre, Laynès avait déjà rendu aux siens les plus signalés services. Raison-