CHAPITRE QUATRIÈME
neur audacieux, parleur véhément, habitué à ne jamais reculer, à tout braver pour la cause de son ordre, tel était Thomme qui, à la conférence du 26 septembre 15G1, entre les docteurs des deux religions, se leva du milieu des Catholiques et, par de violentes attaques contre les ministres, aigrit encore davantage les esprits, déjà si peu disposés à un rapprochement. Il traita ses adversaires de loups, de renards, de singes et tVassassins, et comme Pierre Martyr avait soutenu que le sacrifice de la Gène n'était que l'image du sacrifice sanglant, Jésus-Christ n'y pouvant être, attendu que la représentation cesse là où la chose existe, Laynès crut le réfuter par la comparaison suivante. Un prince, dit-il, a remporté une victoire sur ses ennemis, et il veut que tous les ans on la célèbre par une fête. N'est-il pas vrai qu'il peut s'y prendre de trois manières , ordonner qu'on raconte ce qui s'est passé, le faire représenter par des acteurs ou être lui-même un des acteurs. Or, dans ce troisième cas, il y aura image et représentation avec la présence véritable du prince et c'est ce qui arrive dans la Cène, acte commémoratif en l'honneur de Jésus-Christ présent. Puis se tournant vers la reinemère, Laynès lui remontra qu'elle ne devait plus écouter les Réformés, mais les chasser du royaume, que le concile de Trente était commencé où ils pourraient se rendre avec des sauf-conduits et où l'on discuterait leur cause. Il parlait en italien et avec tant de véhémence qu'il arracha des larmes des yeux de la reine ; cette dernière était fort mécontente, et si Laynès eût été Français, il courait risque de se voir traité comme il conseillait de traiter les
Réformés. ' Mais si le discours de Laynès, au sentiment même des Catholiques, était plus digne d'un bateleur que d'un prêtre (en terminant il avait feint de pleurer ainsi que ses compagnons), les Jésuites n'en avaient pas moins ce jour-là, par la voix de, Laynès, fait une profession hautaine des principes qu'ils entendaient suivre à l'égard de la Réforme, et eu se posant ainsi comme les inflexibles adversaires des novateurs, ils avaient payé leur admission en France.
Théodore de Bèze répondit à l'Espagnol qu'il avait parlé des ministres comme s'ils étaient convaincus d'hérésie, qu'il devait garder ses injures pour les siens et que la reine n'avait pas besoin de ses conseils. Quant à la sainte Cène, il la réduisait à n'être plus qu'une farce et en y attribuant à Jésus-Christ le rôle de charlatan principal, il insultait la majesté divine. Théodore de Bèze discuta ensuite avec Despence sur ces mots: « Ceci est mon corps », le ministre n'y voyant qu'une manière de parler sacramentelle, et la manière de parler sacramentelle ne peut, disait-il, être sans figure. Il cita à l'appui de son assertion ces mots de saint Bernard : « La vérité m'est présentée, mais c'est en sacrement. » Et ceux-ci: « L'ange est engraissé de la graisse de froment et saoulé de grain seul; mais quant à moi, il faut que je me contente de l'écorce du sacrement, du cuir mort et excrément de la chair, de la paille, de la lettre et du voile de la foi. » Le théologal de Reims, Dupré, vint au secours de Despence, et Pierre Martyr seconda Théodore de
• Despence. Journal, 26 septembre.