CHAPITRE QUATRIÈME
Bèze; la discussion se prolongea ainsi jusqu'à six heures du soir, avec tant de chaleur de part et d'autre qu'on parut ne point s'apercevoir de l'approche de la nuit, et aussi avec tant de confusion qu'il fut absolument impossible d'arriver à un accord. « Si les » Huguenots , dit le journal de Despence , eussent » voulu accorder à l'article de l'eucharistie, on leur » eût permis de parler d'autres articles, mais par ce >) moyen la broche fut rompue. » On se sépara ainsi sans avoir rien conclu, et la Cour étant retournée à Saint-Germain, les ministres y furent aussi reconduits par les archers du roi, car jamais tant que dura le colloque, ils ne passèrent la nuit à Poissy, ni même y prirent de nourriture.
La manière de conférer fut alors de nouveau changée, et la reine-mère appela à Saint-Germain les évéques de Valence et de Séez, ainsi que les théologiens Bouteiller, Sahgnac et Despence pour y discuter avec Théodore de Bèze, Pierre Martyr, Marlorat, Nicolas des Gallards et Jean de lEspine. ' Tous les articles de la doctrine des ministres devaient être successivement examinés, et deux secrétaires assistaient aux débals pour les recueillir. En metlant ainsi en présence des Réformés les plus modérés des docteurs Cathohques, la reine-mère espérait eniin accorder les partis : elle comptait sans l'assemblée de Poissy, dont l'obstination devait repousser toute formule concihatrice et rendre la paix impossible.
* Despence. Journal, 29 septembre. Lettre de Pierre Martyr au sénat de Zurich, G octobre (Arch. de Zurich). Lettre de Pierre Martyr à Ilaller, 6 octobre (Arch. de Zurich).
La discussion s'ouvrit le ^9 septembre sur un passage de saint Cyrille , évêque de Jérusalem, concernant la sainte Cène, et après d'assez longs débats, on rédigea en commun la confession suivante : « En « tant que la foi appréhende ce qui est promis et » rend présentes les choses absentes et que cette foi « prend très-véritablement le sang et le corps de » Notre Seigneur Jésus-Christ par la vertu du Saintw Esprit, en ce cas nous confessons la présence »• du corps et du sang d'icelui en la sainte Cène, >' en laquelle il nous présente et exhibe très- »• véritablement la substance de son corps et de son » sang par l'opération du Saint-Esprit et nous y « mangeons spirituellement et par foi ce propre » corps, qui est mort pour nous, pour être os de ses >• os et chair de sa chair, afin d'en être vivifiés et » percevoir tout ce qui est nécessaire à notre salut. » Cette confession, qui n'exprimait franchement ni l'opinion catholique, ni l'opinion calviniste, cette sorte (ïmtérim, comme l'appelle Pierre Martyr, * ne pouvait satisfaire ni l'un ni l'autre parti et ainsi que Despence l'avait prédit, elle ne fut point acceptée par les prélats, à qui la reine-mère l'envoya. Le 1" octobre Despence proposa alors aux ministres une autre confession qu'ils ne voulurent recevoir, parce qu'on y attribuait à la parole de Dieu ce qu'eux-mêmes n'attribuaient qu'à la foi. Ils la modifièrent ainsi : « Nous confessons que Jésus-Christ, dans la sainte »> Cène, nous présente, donne et exhibe vérilable-
* Lettre de Pierre Martyr au sénat de Zurich, 6 octobre (Arch. de Zurich).