CHAPITRE QUATRIÈME
exhibition du corps et sang, en ce qu'ils ne diseni autre cliose sinon que Jésus-Christ nous présente,
donne, etc lesqueUes omissions ne sont sans
manifeste suspicion de vouloir nier la présence réelle du corps et sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces par la vertu des paroles et ministère des prêtres, qui est contre Tintention du saint sacrement et contre l'Écriture. »
Lue devant les prélats, dans la séance du 9 octobre, cette censure fut approuvée par eux et le cardinal de Tournon remercia les docteurs de la Sorbonne de lui avoir montré, dans la confession des ministres , des erreurs et hérésies dont il ne s'était pas d'abord avisé. Après quoi, tous les cardinaux et évèques se levèrent et, la tète découverte, répétèrent solennellement les paroles de la confession catholique. Le cardinal de Lorraine prononça anathème contre quiconque croirait autrement et demanda que les Réformés ne fussent plus entendus. Tous les prélats votèrent en ce sens, hors quelquesuns que l'assemblée avait tou.ours eus pour suspects. *
Le parti violent saisissait ainsi une victoire qui. pour lui, n'avait pu être que retardée. Les députés catholiques, qui s'étaient trouvés aux dernières conférences de Saint-Germain, durent se justifier devant les prélats - et le discours prononcé à celte occasion par le théologien Despence ' amena entre lui et l'un
' Dcspence. Journal, 9 octobre.
- Lellre de Pierre Martyr à Ilailer, 6 octobre (Arch. de Zurich).
^ Despencc. Journal, 8 octobre.
des évêques une violente querelle qui ne resta pas inconnue aux Réformés. * Cette harangue où Despence, au risque même de choquer ceux qui Técoulaient, ne craignait point d'avouer sa conduite pleine de modération à l'égard des dissidents, est sans contredit l'un de ses meilleurs titres à l'estime de la postérité. « La confession des ministres, dit-il, n'avait pas été accordée telle qu'on l'avait donnée aux prélats, et il indiqua les changements qu'il eût voulu y voir introduire; cette confession, quoique imparfaite, n'en était pas moins ce que les Réformés avaient écrit de plus approchant de l'opinion des Catholiques. Quant à l'anathème, c'est chose si grave, qu'il ne faut en user trop facilement ; mieux vaut réfuter une doctrine que l'analhématiser. Enfin il priait Dieu d'illuminer ses yeux, mais déclarait en même temps ne pouvoir saisir, dans la confession des ministres, toutes les hérésies qu'y voyaient les docteurs de la Sorbonne. » Despence se trompait ; la confession , censurée, manquait de franchise, comme il arrive toujours lorsqu'on cherche à concilier des doctrines inconciliables, et la Sorbonne était dans le vrai en la condamnant. Mais si, aux yeux d'un siècle à croyances inexorables, la tentative de Despcncc et de ses compagnons ne méritait que le blâme, ont-ils besoin d'apologie auprès de la postérité? Et nous. Français d'un âge plus éclairé, ne devons-nous pas toute notre sympathie à des hommes qui, en relâchant quelque peu de la rigueur de leurs opinions, cherchaient à
* Pierre Martyr au sénat de Zurich, 17 octobre (Arch. de Znrich),