CHAPITRE QUATRIÈME
sauver leur pairie de ces maux de la guerre religieuse, sous lesquels avait si longtemps gémi l" Allemagne? Le cardinal de Lorraine avait fait venir de ce dernier pays quelques docteurs luthériens, espérant les mettre aux prises avec les Calvinistes sur l'article de la Cène. ^ Dès lors, en effet, les Guises adoptant, contre la Réforme, cette politique pleine d'astuce et d'hypocrisie qui devait un instant leur réussir, feignaient d'incliner aux opinions de Luther, dénonçaient les partisans de la doctrine genevoise comme le seul obstacle à la paix rehgieuse. Et au grand regret des Réformés clairvoyants, il se trouvait (]q< princes allemands assez simples pour croire aux protestations mensongères des Lorrains. - Parmi ces princes, le plus crédule semblait être le duc Christophe de Wurtemberg, que son désir de faire accepter la doctrine de l'ubiquité et les idées de son théologien Brentius, aveuglait sur les vrais intérêts de la Réforme. Après avoir envoyé, vers le mois de juillet, au roi de Navarre, une longue profession sur la sainte Cène, ^ il dépêcha en France Jacques Beurlin, Jacques Andreœ et Balthasar Ridcmbach, tandis que Michel Diller et Pierre Bocquin s'y rendaient de la part du comte palatin. Mais ces docteurs arrivèrent trop tard pour assister au colloque de Poissy ; ils s'étaient probablement aperçus du piège où on voulait les faire tomber. Nos calvinistes français leur surent gré d'avoir ainsi épargné un scandale à la Réforme en la
' La Place, liv. VII (fin).
- Hubert Languet. Arcana sœculi XVI, lib. IL ru. ol
oct. vm.
' fOid., ep.iO, juil. 1561.
montrant, à la face de ses adversaires, en désaccord avec elle-même. ' Malheureusement ces divisions, trop réelles, subsistèrent, et le roi de Navarre fit de vains efforts pour les effacer. Loin de pouvoir s'entendre avec les calvinistes français, les Allemands n'étaient pas même d'accord entre eux. Les députés wurtembergeois proposaient à l'acceptation des autres la formule concernant la Cène, telle qu'on l'avait arrêtée à Naumbourg ; mais les Calvinistes ne voulurent l'adopter quavec certaines modifications. Les Wurtembergeois, de leur côté, refusèrent d'admettre la confession rédigée le "29 septembre, à Saint-Germain, par les docteurs catholiques et les ministres calvinistes, à moins qu'on ne l'interprétât dans le sens de leurs éghses. Le roi de Navarre, voyant que le temps se perdait ainsi en de stériles discussions et que l'hiver approchait, congédia les docteurs allemands, les chargeant de prier leurs mailres de convenir ensemble d'un lieu où les théologiens d'oulre-Rhin pourraient se réunir avec les docteurs français pour mettre fin aux dissensions religieuses. Il les exhorta, en même temps, à la concorde et à une mutuelle charité : une telle manière d'agir devant profiter autant à leur cause, que les amères récriminations des partis lui avaient jusqu'alors fait de mal.^
* De Bèze aux Genevois, 29 novembre 1561 (Arch. de Berne).
* Hubert Languet. Arcana sœcuU AVI, lib. II, ep. C3, novciui rc lîiGl.
Stattler. histoire du duché de Wurtemberg (éd. 1771, in-4°).
Deuxième section, t. IV. Instruction envoyée par te