‹ Le colloque de PoissyChapitre 65 sur 96 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Telle fut l'issue des conférences célèbres dont TensemMc porle, dans noire histoire, le nom de colloque de Poissy. Provoqué par quelques hommes généreux et la régente qui voulaient réconcilier les partis religieux, le colloque ne put aboutir, grâce à l'obstination de ces mêmes parlis : les Catholiques voulant maintenir en entier leur doctrine et les Calvinistes refusant même de se rapprocher d'eux autant que leurs frères, les Luthériens d'Allemagne. Le temps des concessions réciproques était encore loin, et de lugubres enseignements devaient être nécessaires pour préparer, dans notre patrie, Tavénement de la tolérance.

Voyant que depuis le 1" octobre on ne les appelait plus à une nouvelle discussion, plusieurs des ministres réformés quittèrent Saint- Germain pour retourner à leurs églises; les autres restèrent à Paris. Théodore de Bèze, dans une lettre où il faisait l'éloge de quelques docteurs catholiques, surtout de Salignac, avait dit aux Genevois combien il eût souhaité gagner un tel homme à la Réforme : * il fut donné à Pierre Martyr, lorsqu'il quitta la France, honorablement congédié par la Cour,- de faire sur sa route une importante conversion dans la personne

duc Christophe à ses théologiens à Poissy, 3 octobre 1561. [bid., Preuves, n" 6i, p. 191.

Déclaration des théologiens unirtembergeois sur la Cène donnée au roi de Savarre , 9 novembre 1561. Preuves, n° 03, p. 188.

Seconde déclaration des mêmes au même, 13 novembre. Preuves, n" 05, p. 200.

' ' De Bèze aux Genevois, 9 novembre (Arch. de Berne).

- Hubert Languet. Arcana sœculi AVI, iib. IL en. 01, 26oct. 1561.

de Jean-Antoine Carracioli, évêque de Troyes. Ce dernier, à la suite de quelques entretiens avec Pierre Martyr, embrassa la Réforme et la prêcha dans son diocèse; mais dénoncé par ses collègues, il fut dépossédé de son évèché et mourut dans la disgrâce, en 1569. ' De son côté, le parti des Catholiques violents qui était parvenu à faire rompre le colloque, se prépara à poursuivre ses succès. Dès le mois d'août, la Sorbonne s'attaquant avec une impitoyable rigueur à l'épiscopat même , avait censuré comme suspectes et hérétiques des propositions tirées soit des sermons de Jean de Montluc, évêque de Valence, soit de son livre intitulé Chrétiennes instructions. - Deux mois plus tard, le 15 septembre, l'assemblée des prélats de Poissy, constituée juge par le parlement, avait prononcé l'admission des Jésuites en France , à de certaines conditions que cet ordre habile sut bientôt éluder. ' Recevoir ainsi ceux qui se portaient les ennemis acharnés de la Réforme, c'était proclamer hautement qu'on n'admettrait aucun pacte avec ce qu'on appelait l'hérésie, et dès ce jour, la triste conviction que toute tentative de rapprochement échouerait presque nécessairement, dut envahir bien des esprits.

Le colloque de Poissy avait été comme une trêve eiilre les deux religions; cette trêve rompue, elles se relrouvèrenl en présence , cncoro plus divisées

• De Tiiou, liv. XXVIII.

* Le continuateur de Fleury. Hisl. ecclês., liv. CLVII, (h. LVI.

' Abrégé des actes et mémoires du clergé de France, p. l!20. etc., in-i".

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