‹ Le colloque de PoissyChapitre 66 sur 96 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

qu'autrefois. Catholiques et Réformés s'attribuèrent la victoire, et la guerre recommença par des écrits d'abord, où la verve satirique des Calvinistes se signala contre les prélats de Poissy : '

(On connaît) Pères saints, vos divins artifices

Pour vous faire bâtir tant de beaux édifices

Ornés de toutes parts de joyaux précieux :

(On sait trop) à quels rets et à quelles pentières

Vous prîtes des comtés et des duchés entières

"Vous approchant des rois, beaucoup plus que des cieux.

Mais quel malheur a fait que les prélats de France N'ont voulu contre Bèze à Poissy disputer? Craignaient-ils qu'à l'essai on leur vint imputer Que leur savoir caché passait notre espérance ?

Pensaient-ils les couards par leur feinte assurance

Faire encore de feux les bons persécuter?

Non certes ils voulaient se faire réputer

Les prem^iers de ce monde en extrême ignorance.

Que ne parlaient-ils donc? Car parlant, ils pouvaient

Témoigner à chacun, que rien ils ne savaient ;

On connaît, comme on dit, l'homme par son langage.

Ils se sont avisés, les Pères Révérends,

Qu'ils pouvaient aussi bien se montrer ignorants

En se taisant du tout, qu'en parlant davantage.

De tels vers n'étaient peut-être qu'une vengeance légitime contre ceux dont l'obstination avait dabord repoussé le colloque et l'avait fait rompre plus tard ; mais, des deux côtés, on ne s'en tint pas à une guerre

' Mémoires de Condè, t. II. Six sonnets de l'assemblée des prélats de France et des ministres tenue à Poissy.

d'écrits. Les pamphlets ne furent que le prélude des séditions et, dans les séditions, le fanatisme essaya des armes que, pendant quarante ans, la France tournera contre elle-même.

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