CHAPITRE SIXIÈME
réformes que sa lettre à Pie IV déclarait nécessaires, elle crut pouvoir ramener les dissidents en obtenant du pape la communion sous les deux espèces pour les laïcs. Mais son ambassadeur, le sieur de llsle, négocia vainement, à ce sujet, avec le pape ; le consistoire, que le pape fit juge de la question, ne voulut rien accorder. Il fut répondu à de llsle que l'empereur avait aussi demandé, pour son fils, la communion sous les deux espèces, mais qu'ayant été renvoyé au concile, il avait cessé de poursuivre ; le roi de France devait prendre le même parti, d'autant plus que le concile, inutile au reste des Catholiques, était surtout convoqué pour guérir les maux du royaume de France. ' La régente put se convaincre alors qu'il fallait ou imposer la loi à Rome ou la recevoir d'elle. Rome entendait traiter les Réformés comme des coupables et ne les recevoir dans le sein de l'Église que lorsqu'ils auraient confessé et abjuré leurs erreurs ; elle refusait de leur tendre la main et d'acheter leur retour même au prix de la plus légère concession.
Une autre démarche, faite vers le même temps par la reine-mère auprès de Philippe II, roi d'Espagne, n'obtenait pas un meilleur succès. Philippe II s'était montré fort mécontent du colloque et Catherine de Médicis, pour se justifier, envoya en Espagne Jacques de Montberon, qui fut très-froidement accueilli par le roi. Le duc d'Albe, premier ministre, après avoir témoigné combien son maître désirait voir la régente changer de conduite à l'égard des hérétiques, s'avança
' Mémoires du concile de Trente, Lettres du sieur de rislc, p. 110-121.
même jusqu'à dire que si les avis salutaires de l'Espagne n'étaient pas écoutés, cette dernière se verrait forcée de prendre des mesures pour arrêter en France un fléau qui la pouvait gagner elle-même. *
Malgré ce double échec et blessée des menaces du duc d'Albe, la régente continua sa protection aux Réformés. Ces derniers multipliaient merveilleusement - et, assurés de la faveur de la cour, commençaient à s'assembler en public ; bientôt même ils en vinrent à s'emparer de temples catholiques, estimant troj) long d'en édifier d'autres, et de regrettables excès furent commis surtout dans les provinces. ^ «* A « Montpellier, l'égUse de Saint-Pierre fut mise en » six ou sept heures dans l'état du monde le plus « affreux, cent quatre-vingt-dix-sept ans après que la » première pierre dudit édifice eut été posée par » ordre d'Urbain , fondateur de ce monastère , de » l'ordre de saint Benoit. Le peuple (des réformés) » marcha de là contre les autres églises, de manière » que ce qui avait été fait ou entretenu depuis quatre " ou cinq cents ans fut dans un demi-jour si effacé » que des soixante églises ou chapelles qu'il y avait
• De Thou, liv. XXVIII.
- Les ministres, à leur arrivée en France, avaient ajjporlé avec eux une foule de livres protestants : le Catéchisme de la vraie religion, le Bouclier de la foi, le Bâton de la foi, etc. H en passa quatre charretées par Provins, que l'on menait à ta eour. On les saisit, mais les conducteurs obtinrent sur-le-champ mainlevée.
(Ilaton, t. I, p. 161.)
'" De Béze. Histoire ccclcsiantique, 1. 1, liv. IV, p. («tio. — Pasquier. Lettres, liv. IV. j). S7, t. II (éd. ITîiS). — Pierre Martyr au sénat de Zurich. 17 octobF'c l.'iOl (Arch. (le Zurich).'