CHAPITRE SIXIÈME. 1(S
') dedans ou dehors de Montpellier, le lendemain il » ne se trouva aucune ouverte. >» * Les nouveaux évangélistes firent ce beau ménage-là, dit à ce sujet le journal de Brulart, et un obscur chanoine rencontrait ainsi dans son indignation des paroles éloquemment ironiques, qui, un siècle plus tard, tomberont presque semblables de la plume de Bossuet. - La folie de la destruction alla plus loin encore; les sépultures furent mises en pièces, les morts déterrés.... « On » obligeait aussi les prêtres déguisés à aller ouïr les » ministres pour pouvoir être en paix. Le peuple » porta sa haine jusqu'aux bonnets carrés, et les » gens de justice furent obligés de prendre des cha- » peaux ou bonnets ronds. » ^ Bizarre persécution et qui donne la mesure du fanatisme dans ces temps malheureux, dont nous faisons l'histoire!
A Paris, le nombre des réformés était bien petit en comparaison de celui des catholiques, et toutefois au milieu de tant d'ennemis , ceux de la religion montraient tous les jours plus d'audace. Le prince delà Roche-sur-Yon, gouverneur delà ville, avait d'abord obtenu d'eux quils ne se réuniraient que les jours ouvriers, ahn d'éviter toute collision avec leurs adversaires ; mais bientôt ils demandèrent avec tant de vivacité de tenir leurs assemblées même les dimanches, qu'on leur en accorda la permission. * Le gouvernement, il est vrai, prenait des mesures pour maintenir la tranquillité publique et ordonnait de
* Mémoires de Philippi, année 4o6l (éd. Panthéon).
* Journal de Brulart (J/ém. de Condé, t. 1). ' Mémoires de Philippi, année 1561.
* De Thou, liv. XXVlil.
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porter aux hôtels des villes toutes les armes des particuliers ; mais il est bien difticile, dans une société où la guerre existe dans les esprits , de désarmer les bras et la France nétait pas loin d'en faire la triste expérience. *
Les Catholiques de leur côté faisaient les plus grands efforts pour empêcher les progrès de la Réforme. Une profession de foi orthodoxe fut exigée des chanoines:^ au moment d'engager avec la Réforme une lutte qu'on prévoyait devoir être longue et difficile, on voulait écarter tous les lièdes et les suspects. Les chaires retentissaient d'attaques furibondes contre la religion nouvelle et plus d'une fois des scènes étranges se passaient dans les églises. Il n'était pas rare de voir des réformés démentir publiquement les prédicateurs catholiques ^oule peuple catholique au sortir d'un sermon se lancer à l'assaut des maisons des Calvinistes. Pasquier, dans ses lettres, parle d un minime qui, tous les jours, prêchait deux fois pour tenir tète aux ministres et dont les violences provoquèrent l'arrestation. Les bourgeois, cependant, firent tant pour sa délivrance que l'auloritc le relâcha, et le minime rentra en triomphe dans sa capitale. * Cette irritation croissante des Calholi(|ues était un grave avertissement pour les Réformés, mais ils se rassuraient encore par les succès de leurs doctrines. Le dernier jour d'octobre . le priiic»' de
* De Bèze. Histoire ecclèsiaf>lif/i(e, \i\. IV, t. I, p. 005.
* Journal de Brulart, année loOl (T. I, iMéin de Condé). ^ Lettres de Chantonnay, 9 novembre liiGl (Mém. de
Cmdc, t. il. p. 19).
* Pasquier. Lettres, t. 11. p. 89.