‹ Le colloque de PoissyChapitre 82 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME. ' 1 G · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. ' 1 G

Rohaii, cousin du roi de Navarre, épousait au village d'Argenteuil une demoiselle de Brabançon, et à ce mariage célébré par Théodore de Bèze, d'après le rite de Genève, avaient assisté le prince de Condé et la reine de Navarre. ' Les églises réformées continuaient en même temps à s'organiser, et une police générale était publiée pour la distribution des aumônes, tandis que la foule augmentait tous les jours aux prêches des ministres. « La France marche à sa perte ; le satanisme y fait de rapides progrès, » écrivait alors un lointain mais vigilant observateur de nos affaires ; et dans un langage plus modéré Etienne Pasquier, racontant ce qui se passait sous ses yeux, disait également: « Vous rie sauriez croire » combien de gens vont aux prêches les uns par » dévotion, les autres par esprit de contradiction ou » par curiosité, d'autres pour la nouveauté et tous » poussés par la fatalité qui semble pousser la France » à sa ruine. » ^ Si des motifs bien divers entraînaient en effet la foule aux assemblées calvinistes, un des plus puissants était sans doute la manière même de prêcher des ministres. Abandonnant les formes lourdes et pédanlesques des sermonnaires catholiques, ils ne chargeaient point leurs discours d'un inintelligible latin, et soutenus dans le chant des psaumes parla musique de Goudimel, ils procuraient à rame de leurs auditeurs un noble plaisir, tout en

• Journal de Brulart, année lo6i {Mèm, de Condé, t. I).

* Papiers d'Etat de Granvelle, t. IV, p. 41 i. Vargas à Granvelle, 21 novembre 1561.

^ Pasquier. Lettres, t. H, p. 87.

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offrant à leur intelligence avide une ample et subs- Janlielle nourriture.

Mais déjà les Catholi(iues ne songeaient plus qu à en appeler à la force brutale contre les succès de leurs adversaires, et la sédition de Saint-Mcdard C^T décembre 1561), qui ensanglanta le quartier de Popincourt à Paris, fut sinon le premier, du moins le plus grave, de ces tumultes populaires, avant-coureurs de nos guerres civiles. ^ Catholiques et Réformés se renvoyèrent les torts de cette journée, mais il paraît que l'attaque vint des Catholiques, qui ne s'étaient réunis que dans le dessein de troubler la congrégation ennemie. Le parlement, au lieu d'embrasser le rôle de gardien sévère et impartial de l'ordre pubHc et de ne songer qu'à la France, préféra se mettre au service d'une faction. Il montra en cette occasion une criante injustice à l'égard des Réformés, et, en condamnant deux officiers des archers, qui leur avaient prêté main-forte, déclara pour ainsi dire hautement ([u'il

' De Bèzc. Histoire ecclésiastique, liv. IV. p. 070. — De ïhou, liv. XXVllI.

Depuis le colloque de Poissy les deux partis ne cessaient de se provoquer. « Au retour de leurs prêches, » dit Haton (t. 1, p. 178), les Réformés allaient par les » rues, chantant les psalmes maioticques et béziens » avec aultres chansons scaiulaleuses contre l'Eglise

» catholique et les sacrements d'icellc Davantage les

» jours de vendredi, de jeusne et karesmc, cheminaient » par les rues et se piésenlaient es j)laces publi(|ues, » mangeans chair cIca ant les Catholicjues, les prov o(piant » avec injures à sédition ou à leur dire quelque chose > qui leur déplut, alin de les battre »

Lt ce (pie Haton oublie de dire, les Catholiques, partout où ils se trouvaient en nombre, se montraient aussi agressifs que leurs adversaires.

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