‹ Le colloque de PoissyChapitre 83 sur 96 · CHAPITRE SIXIEME. ' 1G · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME. ' 1G

passait avec la populace au parti de la violence. Trois hommes en étaient alors Tàme, tous trois également mécontents de la marche du gouvernement. Le duc de Guise regrettait le pouvoir que lui avait arraché la mort de François II ; le maréchal de Saint-André ne pouvait oublier que, dans les premiers jours du règne de Charles IX, on avait osé lui redemander ces somimes immenses que la faveur de Henri II et de Diane de Poitiers lui avait si scandaleusement prodiguées ; enlin le vieux connétable de Montmorency, dont l'incapacité aimait à encombrer la scène politique, était jaloux de ses neveux, les Chàtillons, et de leur influence dans les conseils de la régente. Dès le mois d'avril de l'année 15G1 ils avaient formé, sous les auspices de l'Espagne, la sinistre alliance si bien nommée le Triumvirat : c'étaient la peur et la jalousie donnant la main à l'ambition trompée et couvrant du prétexte de la religion la défense de leurs intérêts personnels. La tenue du colloque de Poissy, la faveur continuée par la reine aux Chàtillons n'avaient pas tardé à exaspérer les triumvirs et, si l'on en croit Brantôme, Saint- André proposa aux deux autres de s'emparer de Catherine de Médicis, de l'enfermer dans un sac et de la jeter à la rivière. ' Toutefois ils n'avaient pu ou n'avaient osé prendre un parti si violent; mais pour témoigner leur mécontentement et rendre leur opposition plus menaçante, ils se retirèrent de la cour avec leurs partisans, Guise et les siens à Nanteuil, le connétable à Chantillv. ' En

• Brantôme, t. III, p. 390.

' Pasquier. Lettres, t. II, p. 87.

même temps Jacques de Savoie, duc de Nemours, eulreprenait d'enlever, pour les triumvirs, le jeune duc d'Orléans, mais celte tentative, à laquelle le pape n'était pas étranger, échoua. ^ La retraite des triumvirs ne devait pas avoir sur-le-champ les résultais qu'ils eu espéraient. Le gouvernement ne s'en montra pas d'abord effrayé, et quand la Sorbonne eut \ouln soulever le peuple, en permettant au bachelier Jean Tanquerel d'avancer, dans une thèse, que le pape, comme vicaire de Jèsus-Clirist, a le droit de déposer les rois pour désobéissance à l'Eglise ou hérésie, le chancelier dénonça celte thèse au parlement et obligea la faculté de théologie de la désavouer et d'implorer le pardon du roi. -

C'était du dehors et non de l'intérieur que devail venir la pression sous laquelle la régente allait fléchir. Contre les prétendues injustices de la cour, lc> Catholiques cherchèrent des appuis à l'étranger. Le pape, qui avait toujours repoussé la tenue d'un concile national en France, qui avait approuvé le hautain discours du jésuite Laynès au colloque de Poiss\ et menacé le chancelier de lliôpilal de le délércr pour crime d hérésie au saint oflice, ' fut le premier auxiliaire auquel s adressèrent les Catholiques. Mais Pie IV subissait lui-même la tyrannie de l'Espagne, à laquelle il avait dû sacrifier les Caraffa, neveux de son devancier : le véritable chef du catholicisme en

' De Bèze aux Genoois, i novembre iiiCl (Aich. de Berne). — Observai ions de Le Laboureur sur Caslelnau, t. I, p. 77 i. — Hubert Languel, Arcanu, lib. 11, en. C-i.

' De Tliou, iiv. XXVlli.

^ Fra Paolo Sarpi. llist. du concile de Trente, Iiv. V.

Page 1