‹ Le colloque de PoissyChapitre 84 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Europe était alors Philippe II, le roi de riûquisitioii. C'est ce que comprit de bonne heure le clergé français et, dès le milieu de l'année 1561, un prêtre, nommé Arthus Didier, partait pour 1 Espagne, chargé d'une requête à Phihppe II, dressée par le cardinal de Lorraine et quelques-uns de la Sorbonne. On arrêta Didier et le parlement le condamna ; mais et* premier appel du clergé à lEspagne n'en fut pas moins entendu et la France sentit bientôt le sombre génie de Philippe II peser lourdement sur ses destinées. '

Les événements que nous racontons ici rendaient la situation de Catherine de Médicis des plus diftîciles et l'on ne saurait nier que la reine-mère n'ait mis alors un certain courage à lutter soit contre Tinfiuence du dehors , soit contre Topposilion , de jour en jour croissante, des Catholiques à l'intérieur. Lorsqu'après la rupture du colloque de Poissy, les ministres se dispersèrent , elle avait retenu de Bèze - et quelques autres, disant que Umrs services étaient encore nécessaires et, vers la fin du mois de janvier, elle voulut que de nouvelles conférences eussent lieu entre les ministres et des théologiens cathohques : sans croire désormais à la réconcihation entière des partis religieux, elle espérait, en les accordant sur quelques points, autres que celui de la cène, remédier du moins en partie aux désordres du royaume. Ces nouvelles conférences se

• De Bèzc. Histoire ecclésiastique, t. I. liv. V. p. 730.

-DeThou,liv. XXVIII.

' De îièzc. Histoire ecclésiastique, liv. IV, t. I. p. oGIi.

tinrent à Saint-Germain devant la reine, son conseil privé, le légat du pape et les cardinaux; du côté des Réformés y figuraient Tliéodorc de Bèze, Marlorat, Barbaste et Pérucel. * Les Catholiques étaient représentés par Maillard, doyen de la faculté de théologie, les docteurs Salignac, Despence, Bouteiller, Démocharès, Vigor, Pelletier, Fournier, le minime frér<' Dehan, Laynés le général des jésuites, le cordeliei Fra Justinien el un savant homme nommé Picherel. Quelques évéques assistèrent aux conférences, mais comme pyrliculiers, ainsi que douze membres des parlements du royaume. On devait traiter successivement des images, de l'administration du baptême et de la communion, du sacrifice de la messe, de la vocation des ministres et, si Ton voyait quelque espérance d'accord, entrer en la doctrine elle-même. Rien n'était statué sur l'usage que le gouvernement comj)tait faire des résolutions arrêtées par la compagnie : la reine déclara seulement qu'elle soumettrait au pap( ce qui aurait été dit de part et d'autre. De telles con ditions, comme aussi l'ordre suivi dans la conférence, étaient loin de plaire aux Réformés : ils les acceptèrent cependant afin qu'on ne pût les accuser de mettre obstacle à la pacification du royaume.

La discussion s'ouvrit le 58 janvier et dura plusicMirs jours; elle ne roula que sur les images. Théodore de Bèze, qui porta seul la parole du côté des Réformés, fit le premier jour contre les images un discours qu'il résuma lui-même le lendemain dans

' Pérucel était un ancien cordelier qui figure aussi quelquefois sous le nom de La Rivière.

Page 1