‹ Le colloque de PoissyChapitre 87 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

» Et quant à Timage et peinture de la sainte Trinité, combien que Dieu en trois personnes soit esprit incompréhensible et non figurable, toutefois on ne doit trouver mauvais de peindre ou autrement représenter les signes et figures , esquelles l'Écriture nous déclare qu'il s'est apparu et manifesté aux hommes.

» Pour exercer et maintenir le peuple chrétien en la foi de l'article de la sainte Trinité, qui est le principal fondement de la religion chrétienne, comme par les peintures, images et histoires des mystères de notre rédemption, il est instruit et confirmé es autres articles de notre foi, comme de la nativité, passion, résurrection et ascension.

» Donc après il est bon de retenir l'usage des images pour le fruit et l'utilité qui en avient, tant pour instruire le peuple des bénéfices et grâces que nous avons reçus de Jésus-Christ et représenter les bons et salutaires exemples de ses saints pour en donner louange à Dieu, qu'aussi afin que nous soyons imitateurs de leurs vertus et par ce même moyen soyons excités à la dilection de Dieu, émendation de vie et de dévotion et les honorions et appelions à notre aide pour être nos intercesseurs vers Dieu.

» Sur quoi nous ne voulons nier qu'il ne soit survenu ou puisse survenir aucuns abus contre la doctrine et intention de l'Église : comme serait intolérable l'abus d'estimer qu'aux images il y ait quelque divinité ou propre vertu, pour laquelle elles doivent être honorées ou vénérées ; et combien que ce soit chose louable d'aller en dévotion aux églises en mémoire des saints et saintes, parce que Dieu selon son bon plaisir et providence inscrulable nous montre quel-

quefois la vertu et opère plus spécialement en un lieu qu'en Tautre et par un moyen que par un autre, toutefois courir plutôt à une image et Tavoir plutôt en grande vénération qu'une autre, pour être de plus riche matière et plus belle forme, plus nouvelle ou plus vieille, mieux parée ou pourtraite sur une autre image, c'est alors abus et superstition.

» C'est abus de mettre aucunes confidences aux images comme faisaient les gentils à leurs idoles.

» C'est abus les faire ou peindre en forme impudique, déshonnête et non convenable à la vie et in lé grité des saints et saintes qu'elles représentent.

» C'est aussi abus insupportable de feindre et controuver faux miracles et autres impostures.

» Et pour réformer tels abus et autres nous semble un moyen plus expédient, que par fréquentes prédications et exhortations le peuple soit enseigné des choses dites et aussi leur montrer qu'autre honneur est dû à Jésus-Christ qu'à ses saints et saintes, que nous honorons en voyant leurs images, et par conséquent qu'autrement les faut prier : à savoir s'adresser à notre Seigneur comme à celui qui est auteur de tout bien, notre seul rédempteur et sauveur, et aux saints comme intercesseurs, pour impélrer de Dieu ce qui nous défaut par le moyen de son cher fils Jésus-Christ : ainsi qu'est l'usage de l'Église en ses prières, les adressant à Dieu sous la mémoire des saints et finissant par Jésus-Christ.

» Il faut aussi instruire le peuple qu'en priant il ne s'arrête à l'image, mais à ce qui est représenté par elle et référant le tout à Dieu et à celui qui est représenté par l'image.

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