‹ Le colloque de PoissyChapitre 89 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

du royaume. Ces magistrats, choisis parmi ceux dont la modération était le mieux connue, examinèrent ia question religieuse et, d'après leurs avis, fut rendu, par le conseil du roi, l'édit provisoire du 17 janvier 1 56'2. Il autorisait les Réformés à tenir des assemblées dans les campagnes et les leur interdisait dans les villes fermées; l'admission des autorités locales aux prêches et aux synodes était exigée comme garantie de l'ordre. ' On enjoignait aussi à ceux de la religion de rendre les églises dont ils s'étaient emparés. La peine de mort devait frapper, à l'avenir, quiconque se serait rendu coupable de violence ou de profanation. Cet édit fut accepté avec reconnaissance par les Réformés et les ministres écrivirent à tous les fidèles de s'y soumettre. - Le parti cathoUque, au contraire, repoussa une ordonnance qui admettait une religion nouvelle dans l'État; le parlement de Paris déclara que sa conscience lui défendait de l'enregistrer et il fallut, pour l'y obliger, quatre lettres patentes du roi, les menaces du gouverneur de la capitale et l'imminence dune lutte sanglante dans les rues. ^ Dans les provinces, les parlements de Rouen, de Bordeaux, de Toulouse et de Grenoble, enregistrèrent l'édit de janvier presque sans diflicultés; celui de Rennes montra quelque scrupule et

' De Bczc, Histoire ecclésiastique, liv. IV, p. 67i.

^ De Bèze. Histoire ecclésiastique, liv. IV, p. G81.

Calvin écrivait à Stourm au sujet de l'édit : Si mancat quœ ediclo proniissa nobis est libertas, sponte concidet papatus (:25 mars).

^ Mémoires de Comté, t. III (initie). — Mémoires de Ilaton, t. I, p. I8(i.

ceux de Bourgogne et de Provence le rejetèrent absolument. Le génie des assassins des Vaudois parut se réveiller dans ce dernier pays et les excès que le maire d'Aix, Pontevez de Flassan, commit à la tète des bandes catholiques, ne rappellent que trop certains massacres des jours les plus néfastes de notrt' révolution. *

L'édit de janvier était pour la France une dernière planche de salut: il eut donc fallu que le gouvernement apportât la plus extrême vigueur à maintenir son œuvre. Mais l'union manquait à ce gouvernemeni composé de la reine-mère, du chancelier, - du prince de Condé et de Tamiral, et où les hésitations d'une femme toujours incertaine entravaient trop souvent l'énergie des hommes. Il en résulta que l'autorité fléchit et devant les prédicateurs , dont les sermons étaient Tahment journalier du fanatisme , et surtout devant les chefs cathohques de la part desquels on devait attendre le plus de violence. Déplorable faiblesse et qui coûta cher à la France! II eut suffi,

' De Thou, liv. XXXI.

- Le chancelier THôpital n'espépait guère en la durée de redit. » Scio edictum recens tacliiin non fore diutur- Dum; nam plerique omninô non ei obteniperàiunt, modesliorcs non diù. Referani locum cancellarii. Quuin nuper scriberet edictum, petiit ab eo eardinalis Turnonius ut scriberet in edicto, ea quae nostris conceduntur conccdi tanlùm quousque de eà rc pleniùs sil conslitutum, nec esse edictum perpetuuni. Priniùm dissinmlavit cancellarius, sed cùm saepiùs rej»elerel ïurnonius, ridens rcspondilei: «Xon eslquùd sis deeàresoliicilus; nani ii. quos adNcrsarios vocas , inagis edictum cupiunt '^lalini abioirari quàm tu. »

(Hubert Lanc^uet. Arcana sœciili XVJ, lib. il,ep.CS, fev. I;i62.)

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